Grammaire du français
pour finnophones

7. Partitiivi
et partitif

1. Le mode de représentation

2. Viljaa ja tietoa

3. Pas de partitiivi
ni de « partitif » en français

4. Les expressions partitives

5. Le partitivi en finnois

  Index alphabétique

1. Le mode de représentation

Les formes de l’article indéfini dépendent de la manière dont on représente (= « mode de représentation » esitystapa) le signifié (tarkoite) du nom que l’article détermine. Pour désigner ces formes, on utilise dans cette Grammaire du français pour finnophones les termes suivants :

Noms complets et noms abrégés des formes de l’article indéfini
formenom completnom abrégé
un/unearticle indéfini comptable singulierarticle indéfini singulier
desarticle indéfini comptable plurielarticle indéfini pluriel
du/de la/de l’article indéfini massifarticle massif
1.1. Représentation comptable

Le signifié du nom peut être représenté comme une entité (entiteetti) discrète (yksittäinen, jaoton, selvärajainen), qu’on peut compter. C’est la représentation comptable (en finnois jaottomuus). Cette entité peut être présentée comme unique par la forme un/une (a) ou comme multiple (au pluriel) par la forme des (b) :

(a) un livre, un papier, une table, un ami, une télévision, un vin, un pain, une eau minérale, un exemple, une maison, un effort , une chance, un article, une bière blonde, un beurre, un homard

(b) des livres, des papiers, des amis, des vins, des maisons, des chances, des efforts, des pains, des eaux minérales, des bières blondes, des beurres, des homards

1.2. Représentation massive

Le signifié du nom peut aussi être représenté comme un ensemble, une masse continue (en finnois ilman selviä rajoja, jaollinen) concrète ou abstraite, qu’on ne compte pas. C’est la représentation massive. Quand on divise cette masse, on obtient toujours le même genre de masse : quand on divise un morceau de beurre en plusieurs morceaux ou un tas de sable en plusieurs tas, ces morceaux ou ces tas sont aussi du beurre ou du sable (pour cette raison, en finnois on appelle la représentation massive « jaollisuus », « divisibilité »). On utilise alors devant le nom les formes de l’article indéfini du/de la :

du papier, du vin, du pain, de la pomme, de la chance, du beurre, de l’eau minérale, de la bière blonde, du homard, de l’argent, de l’amour, du bonheur

1.3. Le massif (non comptable) n’a pas de pluriel

Le mode de représentation massif présente le signifié du nom comme une « masse » continue, et non pas comme des entités séparées qu’on peut compter. Pour cette raison, l’article massif n’a pas de pluriel. La forme des est le pluriel de l’article indéfini un/une utilisé devant des noms représentés comme comptables : des pains, des vins, des bières, des homards, des papiers.

Il existe certains noms au pluriel qui ont un sens massif (des spaghettis = pastaa) ou aussi quelques noms qui ne s’utilisent qu’au pluriel et n’ont pas de forme singulier pour marquer le massif  (des décombres). En finnois, on utilise parfois des mots au singulier qui sont généralement au pluriel en français (ou l’inverse), par exemple viljaa/des céréales. Ces cas particuliers sont souvent des mots courants, utiles à connaitre. Voir Viljaa ja tietoa.

1.4. Représentation comptable et massive en finnois

Certaines langues, comme l’anglais (ou l’allemand, le suédois etc.), marquent la représentation massive par l’absence d’article : She bought a beer / She bought beer.Elle a acheté une bière / Elle a acheté de la bière.

En finnois, il n’y a pas d’article. Pour exprimer la représentation comptable, on peut (dans certains cas limités) utiliser le cas akkusatiivi-genetiivi et le monikon partitiivi :

Ostin maljakon. J’ai acheté un vase. / Ostin maljakkoja. J’ai acheté des vases.

Pour exprimer la représentation massive, on peut utiliser (dans certains cas) le partitiivi (Lattialla on hiekkaa). Mais, le plus souvent, le partitiivi sert à exprimer l’aspect verbal (Odotan ystävääni), et non pas la représentation massive.

2. Viljaa ja tietoa

En général, les noms sont représentés comme comptables ou massifs de la même manière en finnois et en français. Mais il y a parfois des différences.

2.1. Viljaa, pastaa, kieloja

Devant certains noms d’aliments, le français utilise l’article indéfini comptable pluriel (des) là où le finnois utilise la représentation massive, ou bien, plus rarement, l’inverse (pluriel en finnois, massif en français) :

viljaa des céréales, pinaattia des épinards, parsaa des asperges
pastaa des pâtes, kesäkurpitsaa des courgettes, artisokkaa des artichauts
spagettia des spaghettis
leikkeleitä de la charcuterie, poimia kieloja cueillir du muguet

Cela ne veut pas dire que ces noms ne peuvent pas être utilisés avec la forme d’article massif ou, inversement, avec une forme d’article comptable. Presque toute matière peut être envisagée dans sa représentation soit comptable soit massive :

Sur la chemise, il y avait de l’épinard. Paidassa oli pinaattia (= pinaatin tahra).
J’ai laissé tomber un spaghetti. Pudotin yhden spagetin.
Il y a de l’artichaut dans cette soupe.

Mais dans le cas du muguet, on ne peut pas utiliser l’article comptable dans ce cas. Il faut dire :

Pomin yhden kielon /kaksi kieloa. J’ai cueillit un brin de muguet / deux brins de muguet.

2.2. Tietoa, de l’information ?

Le problème du mode de représentation ne concerne pas seulement des noms concrets, mais aussi des noms abstraits, le plus typique étant information ~ tieto. En finnois, le mot tieto peut être représenté comme massif, au singulier :

antaa tietoa, esittää uutta tietoa, saada tietoa

Le français représente rarement les noms comme information ou savoir (tieto) comme massifs. Le mot singulier tieto a comme équivalents en français des noms au pluriel (voir exemples ci-dessous). Le plus souvent, on utilise d’autres noms que le mot information, qui, comme complément du verbe, est en général très concret (information désigne en premier lieu un message, une chose que quelqu’un annonce) :

Cette information-là, que je vous ai donnée, est une information nouvelle, tout à fait importante.

Dans l’exemple ci-dessus, on dit une information nouvelle, avec l’article indéfini comptable une qui s’utilise quand on caractérise le nom avec un adjectif. Dans la rédaction scientifique, on dira par exemple :

Il s’agit donc, dans cette étude, d’obtenir des informations (pluriel, saada tietoa) sur la manière dont les locuteurs perçoivent ces stratégies langagières. Dans cet article, l’auteur ne présente pas de données réellement neuves (article indéfini pluriel des dans phrase négative, en finnois esittää uutta tietoa). Le nouveau protocole de recherche adopté ne semble pas avoir fourni de renseignements (article indéfini pluriel des dans phrase négative, en finnois, antaa tietoa) plus fiables que le protocole habituel.

2.3. Huumorintajua ja tasapaino

Le problème de la différence du mode de représentation entre les deux langues se retrouve également dans l’opposition entre indéfini massif et « défini ». Bien que le finnois n’ait pas à proprement parler d’article défini et ne marque pas la définition par opposition à l’indéfinition, certains noms peuvent être représentés comme massifs, alors que d’autres, très similaires par le sens, ne le sont pas. On oppose par exemple :

Hänellä on huumorintajua.
Hänellä on hyvä tasapaino.

Ces deux mots et leur modes de représentation ne sont sans doute pas intuitivement perçus comme comparables par un locuteur finnophone, mais ce qui les réunit est le fait qu’en français ils correspondent tous deux à une construction avec un article défini, l’une étant identique à l’autre par la structure :

Elle a le sens de l’humour.
Elle a le sens de l’équilibre.

Le fait qu’on utilise un article défini dans les deux cas peut sembler surprenant à un apprenant finnophone. Cela montre que le type d’article en français n’est pas en relation avec les cas de déclinaison finnois. Les deux langues représentent le réel avec des moyens différents, qui peuvent parfois paraitre illogiques à l’apprenant de l’autre langue. Souvent, l’utilisation de telle ou telle forme d’article ou de tel ou tel cas en finnois dépend d’un sens particulier du mot. C’est donc parfois aussi un problème de connaissance du vocabulaire, autant que de la grammaire. Autres exemples :

Hänellä on taloudellista vaistoa, mutta hän on menettänyt todellisuudentajunsa. Il a le sens des affaires, mais il a perdu le sens des réalités.

Autres constructions de ce type :

Il a un emploi du [article défini contracté] temps très chargé. avoir la nostalgie de quelque chose

Voir aussi « Avoir le temps ou du temps ? ».

3. Pas de partitiivi ni de « partitif » en français

3.1. En français, il n’y a pas de partitiivi.

Il peut paraitre bizarre de décrire dans un guide de grammaire une chose qui n’existe pas. Mais c’est nécessaire, parce que

  1. il existe en finnois un cas nommé partitiivi et
  2. dans les manuels de grammaire française (publiés en France ou en Finlande), on mentionne systéma­tique­ment l’existence d’un « article partitif ».

Pour ces raisons, les apprenants finnophones ont tendance à croire qu’il y a une correspondance entre le partitiivi finnois et l’article dit « partitif » qu’on trouve dans les manuels de grammaire française.

En finnois, il existe un cas de déclinaison (taivutuksen sijamuoto) nommé partitiivi. Comme on le sait, en français on n’utilise pas de cas de déclinaison. Les finnophones doivent donc comprendre et accepter qu’en français il n’existe pas de cas partitiivi ou même quelque chose qui y ressemble (il existe un partitiivi en estonien).

3.2. En français, il n’y a pas d’article partitif.

Dans les grammaires et les manuels scolaires français (et ceux de français langue étrangère conçus en France, en Finlande ou ailleurs), on utilise souvent le terme d’« article partitif », qui décrit l’article du/de la. On le définit habituellement en disant qu’il « exprime une partie de quelque chose ». Ce terme traditionnel (hérité de la description de la grammaire du latin) et cette définition sont inutiles.

En effet, en français, il n’y a pas d’article partitif. La forme du/de la n’est pas un article partitif, c’est la forme de l’article indéfini un qui sert à exprimer la représentation massive.

La célèbre et très sérieuse grammaire Le Bon usage disait déjà en 1949 (4e édition, §326) : « L’article partitif n’est autre chose, pour le sens, qu’un article indéfini employé devant le nom des objets qui ne peuvent se compter. »

L’article indéfini du/de la n’exprime pas une partie de quelque chose, mais le fait que le signifié (tarkoite) du nom est présenté comme une masse (non comptable). Le même signifié peut être représenté comme comptable ou massif, sans changer de forme ou de nature :

Un pain, c’est du pain.
Des pains, c’est aussi du pain.
Si on mange un pain entier, on mange certainement du pain.

3.3. Le partitiivi finnois n’exprime pas une « partie de quelque chose ».

En finnois, on dit souvent et on écrit dans certaines grammaires que le partitiivi exprime une partie de quelque chose (« Partitiivi ilmaisee osaa jostakin »). C’est très rarement le cas. En réalité, le partitiivi exprime principalement deux choses :

1. Il peut exprimer la représentation massive, comme du/de la en français. On peut traduire directement les exemples précédents en finnois :

Un pain, c’est du pain.
Yksi leipä on leipää.
Des pains, c’est aussi du pain.
Monta leipää on myös leipää.
Si on mange un pain entier, on mange certainement du pain.
Jos syö kokonaisen leivän, silloin syö kieltämättä leipää
.

Au pluriel, si le nom est le sujet, l’attribut ou le complément direct (objekti) du verbe, le partitiivi peut exprimer une quantité indéfinie et correspondant alors à l’article indéfini pluriel des. Dans ce cas, les noms désignent des entités entières, pas des parties de quelque chose :

Sur la table, il y avait des fleurs. Pöydällä oli [kokonaisia!] kukkia. Dans la rue, on voyait des voitures. Kadulla näkyi [kokonaisia!] autoja. Les enfants jouaient avec des ballons. [en finnois palloilla, qui n’est même pas un partitiivi].

2. En finnois, le partitiivi sert le plus souvent à exprimer l’aspect imperfectif ou non résultatif du verbe. Dans les exemples suivants, les compléments du verbe désignent des entités (clients, train, paysage, personne, paquet) entières. Dans ce cas, le partitiivi n’exprime pas du tout une « partie de quelque chose » mais un processus en cours. :

Tarjous kiinnostaa asiakkaita. Odotan junaa. Hän ihaili maisemaa. Rakastan sinua. Juuri kun olin avaamassa pakettia, kuului ovelta koputus.

En savoir plus : voir ci-dessous.

4. Les expressions partitives

Comme le montrent les explications ci-dessus, malgré ce que dit la tradition scolaire, il n’y a pas d’article partitif en français. Mais la notion et le terme de « partitif » peuvent s’appliquer à certains cas : on peut former des expressions partitives composées de de + déter­minant défini + nom (voir les déter­minants définis) :

Je reprendrais bien de cet excellent bordeaux. Donne-moi un peu de ton vin. Il reste encore de la tarte de ce matin ?

Une expression partitive a trois caractéristiques :

  1. elle est introduite par la préposition de, qui indique qu’on extrait une partie d’un tout, sur le modèle N de N ;
  2. le tout dont on extrait une partie (= la partie introduite par de) est toujours exprimé ou facilement restituable (tunnistettavissa, palautettavissa) dans le contexte, et il peut être complété par un adjectif, un groupe prépositionnel… ;
  3. l’expression partitive N de N est introduite par un déter­minant défini (démonstratif, possessif, plus rarement article défini).

(1) Ressers-moi de cet excellent café.
(2) Donne-moi de tes bonbons, je n’en ai plus.
(3) Il reste dans cette villa de la beauté d’autrefois. entisajan kauneutta
(4) Il y a en lui du poète (= il est comme le poète, le à valeur générique).
(5) Au fait, tu as encore du cognac de l’autre jour ?

Dans les exemples (3) à (5), de la et du ne sont pas des articles indéfinis exprimant le massif, mais la préposition de suivie de (ou contractée avec) l’article défini la, les, le, et complétés par d’autrefois, de l’autre jour. Dans ce genre d’expression partitive, on utilise l’article défini, qui peut se contracter avec la préposition de :

Il y a dans son style quelque chose du classicisme russe. Hänen tyylissään on venäläisen klassismin ainesta.  → Il y a dans son style beaucoup du classicisme russe. Hänen tyylissään on paljon venäläisen klassismin ainesta. Il y a en elle un peu de la bergère de Watteau.→ Il y a en elle beaucoup de la bergère de Watteau.

Dans le code écrit, on peut aussi sous-entendre quelque chose et utiliser de seul +article défini seul :

Il y a en lui du poète. Hänessä on runoilijan ainesta. → Il y a en lui beaucoup du poète. Hänessä on paljon runoilijan ainesta. Il y a en elle de la bergère de Watteau.→ Il y a en elle beaucoup de la bergère de Watteau.

Les expressions partitives sont quantifiables :

Les enfants n’ont pas laissé beaucoup de la tarte que j’ai faite ce matin. Plusieurs des personnes interrogées ont déclaré avoir connu la même situation.

5. Le partitif en finnois

5.1. Un malentendu sémantique

L’une des plus grandes difficultés de l’apprentissage de l’article français par les finnophones est le fait qu’il existe en finnois un cas nommé partitiivi, dont le nom est pratiquement identique au terme français de partitif utilisé traditionnellement dans les grammaires françaises pour désigner un type d’article (du, de la, voir ci-dessus). Cette ressemblance entraine de nombreuses confusions et erreurs d’interprétation. Pourtant, le « partitif » français n’a rien de commun avec le partitiivi finnois :

5.2. Le nom en lui-même n’est pas massif/comptable

Ce n’est pas le nom qui est comptable ou massif, ni même le concept (l’objet du monde) qu’il désigne. C’est seulement le mode de représentation, c’est-à-dire la manière dont on présente le signifié du nom, qui peut varier entre le comptable et le massif. En général, la plupart des objets du monde sont représentés comme comptables, plutôt que comme massifs (en français et en finnois). En effet, de nombreux objets ne peuvent (normalement) pas être représentés comme des masses continues. En français comme en finnois :

? Je veux du train. ? Je cherche de la voiture. ? Il donne de l’exemple. ? J’ai acheté de la télévision. ? Ostin televisiota. ? Pöydällä on kirjaa.

sont étranges parce que train, televisio ou kirja ne désignent pas, à priori, des masses, mais des objets séparés (des entités discrètes), comptables.

Certains autres objets du monde sont présentés plus fréquemment sous la forme massive, par exemple de l’argent : on dit difficilement un argent, tout comme en finnois on dit généralement rahaa et il est exceptionnel de dire yksi raha. Cependant, certains noms peuvent facilement être présentés dans une catégorie et dans l’autre (comptable/ massif ou massif/ comptable). Tout dépend de la manière dont le nom est représenté (et pas du nom en lui-même) ; en français, c’est justement la forme de l’article qui indique le mode de représentation :

Elle achète un pain. Hän ostaa leivän. (comptable, singulier)
Elle achète des pains. Hän ostaa leipiä. (comptable, pluriel)
Elle achète du pain. Hän ostaa leipää. (non comptable = massif)

5.3. Variation de représentation

Grâce à l’article, des noms représentés habituellement comme comptables peuvent être aussi présentés comme massifs, en fonction de l’intention du locuteur. On peut dire devant une voiture qui fonctionne bien :

Ça, c’est de la voiture ! Tämä on kunnon peli!

ou bien on pourrait, par exemple en sortant d’un salon de l’aéronautique (ilmailunäyttely) dire en plaisantant :

Au moins, aujourd’hui, on a vu de l’avion. Kylläpä tänään nähtiin lentokonetta.

Le fonctionnement et la fonction de la représentation comptable/massive se voient très bien dans le fait que dans certains cas, le signifié (tarkoite) des « objets » désignés change en fonction du mode de représentation (les traductions données sont seulement des exemples, pas les seules traductions possibles) :

de l’amour rakkautta / un amour rakastettu, kulta / des amours rakkaussuhteita du bonheur onne(llisuutt)a / un bonheur onnellinen tunne, onnellisuus / des bonheurs onnellisia hetkiä de la chance onnea / une chance onnellinen tilaisuus, mahdollisuus / des chances mahdollisuuksia

5.4. Le partitiivi marqueur d’aspect verbal

Quand il sert de désinence casuelle (sijamuoto) à un nom complément direct d’un verbe, le partitiivi finnois sert à apporter des informations sur la manière dont l’action verbale est envisagée. Il est dans ce cas en concurrence avec les autres cas du complément (akkusatiivi-genetiivi et forme zéro). Il ne sert pas en priorité à exprimer l’idée de défini ou d’indéfini. Quand il sert de désinence casuelle à un nom complément direct ou sujet d’un verbe, le partitiivi peut accessoirement exprimer une quantité indéfinie (un sens équivalent à l’article indéfini pluriel français) dans deux cas uniquement :

  1. quand le nom est complément direct d’un verbe perfectif à la forme affirmative : hän osti kirjoja (qui s’oppose à hän osti kirjat) ;
  2. quand le nom est le sujet d’un verbe de forme impersonnelle (e-subjekti) à la forme affirmative : pöydällä oli kukkia ou museosta tuli ihmisiä. Et dans ce dernier cas, l’opposition ne repose pas uniquement sur la désinence (pääte), car c’est aussi toute la structure de la phrase qui est différente.

On peut ainsi comparer les phrases suivantes :

Pöydällä oli kukkia. / Kukat olivat pöydällä.
Museosta tuli ihmisiä. / Ihmiset tulivat museosta.

Dans les autres cas, le partitiivi exprime d’abord et avant tout l’aspect, et l’idée de quantité indéfinie est effacée :

Kauppias odottaa asiakkaita. → Le commerçant attend les clients / des clients. 

5.5. Le partitiivi n’exprime pas une partie

Contrairement à ce qu’écrivent certains manuels finlandais, le partitiivi finnois n’exprime pas une « partie » de quelque chose. Sa fonction est avant tout aspectuelle :

Kauppias odottaa asiakasta. → Le commerçant attend le client / un client.

Dans cette phrase, le partitiivi est la marque d’une action verbale non achevée (imperfective ou irrésultative). Le commerçant attend, évidemment, un client entier, et non pas des parties du client. Il peut s’agir d’un client défini ou indéfini, ce qui peut être marqué en français par le choix de l’article. En finnois, cette distinction est effacée par la force du sens imperfectif du verbe : le partitiivi est la seule forme possible.

5.6. Dans les phrases négatives

En finnois, dans les phrases négatives, le complément direct du verbe (objekti) se met pratiquement toujours au partitiivi. Un tel phénomène n’existe pas en français. Quand le partitiivi s’utilise dans une phrase négative, il ne peut pas à lui tout seul exprimer l’idée d’indéfini. La phrase (a) peut donc signifier (b) ou (c) :

(a) Kauppias ei nähnyt asiakkaita.
(b) Le commerçant n’a pas vu les clients.
(c) Le commerçant n’a pas vu de clients.

Dans de clients, le mot de est la forme du pluriel de l’article indéfini comptable dans une phrase négative et non pas un « partitif », qui n’existe pas en français.

5.7. Massif et aspect verbal

Le partitiivi finnois peut aussi exprimer l’idée de massivité : hän juo vettä (il boit de l’eau), hän syö leipää (il mange du pain). Mais il faut faire attention, car il peut aussi exprimer dans ce cas-là l’aspect verbal :

Hän joi kahvia nukkumaan menoon saakka.
Elle buvait le café en attendant d’aller se coucher.
Elle buvait du café en attendant d’aller se coucher.

Il y a donc parfois des partitiivi qui expriment le massif (kattilassa on puuroa, dans la casserole, il y a du gruau), mais le plus souvent les partitiivi n’expriment pas le massif (odotan bussia j’attends le bus, le partitiivi exprime l’imperfectif).

Voir les explications extrêmement détaillées concernant l’aspect verbal dans VISK à propos des classes de noms (sémantique, §554-559), du complément (actance, syntaxe, §931-942), des cas (morphologie §1229-1234) et de l’aspect (1498-1518). 

7. Partitiivi et partitif. Mise à jour 6.11.2022