Grammaire du français
pour finnophones
Gammaire contextualisée

18. L’article défini

1. Formes

2. Formes identiques,
mots différents !

3. L’opposition article défini/
article indéfini

4. Référence spécifique

5. Référence générique

6. Ne pas se laisser influencer
par le finnois

7. Équivalents possibles en finnois de l’article défini français

  Index alphabétique

1. Formes

1.1. Formes de base

Les formes de base de l’article défini sont présentées dans le tableau qui suit. Il n’y a qu’une seule forme au pluriel :

singulierpluriel
masculinle les
fémininla
devant voyelle (masculin et féminin)l’

La voyelle e et a de l’article défini s’élide (heittyy) devant une voyelle et un h non disjonctif, mais ne s’élide pas devant h disjonctif :

l’avion, l’hiver, l’assurance, l’autre côté, l’intense lumière
le haricot, le hongrois, la hauteur, le héros.

Rem. La lettre h de héros (masculin) indique un h disjonctif, le héros, mais celui de héroine (féminin) n’est pas un h disjonctif : l’héroïne.

1.2. Formes contractes

Pour des raisons phonétiques, au cours de l’histoire du français, certaines formes de l’article défini se sont « fondues » (sulautuneet) avec les prépositions à et de. C’est un phénomène qu’on retrouve dans d’autres langues romanes (par exemple italien in ilnel, a ilal). On appelle en général ces formes des formes « contractes » (on trouve parfois aussi le terme de formes contractées). Les prépositions à et de se contractent avec l’article défini au masculin singulier et au pluriel ; avec la forme la et la forme élidée l’, il n’y a pas de contraction :

à + le   → au : je vais au garage
de + ledu : l’ami du garçon
à + la   → à la : je vais à la bibliothèque
de + la → de la : l’ami de la fille
à + l’    → à l’ : je pense à l’avenir
de + l’  → de l’ : l’arrière de l’avion
à + lesaux : je pense aux vacances
de + lesdes : les jouets des enfants

Rem. Dans les formes au, aux, du, la lettre u est le résultat de la vocalisation de l en ancien français (comme dans cheval > chevaux). On peut donc dire que dans ces formes, le l de le est encore présent, mais sous la forme d’un u.

Les forme du ou des sont donc des formes contractes, mais les formes de la, à la, de l’, à l’ ne sont pas des formes contractes, puisqu’il ne s’y produit aucune contraction. L’article se contracte également avec les prépositions de ou à quand elles sont un élément d’une préposition composée, ou avec de qui est le dernier élément d’un déter­minant composé :

à cause de+le → à cause du froid, à cause de+les → à cause des problèmes
grâce à+le → grâce au service palvelun ansiosta, grâce à+les → grâce aux informations
beaucoup de+le → Tu n’as pas laissé beaucoup du gâteau que j’ai apporté ce matin. Et jättänyt paljoakaan jäljelle kakusta, jonka toin aamulla.
beaucoup de+les → Beaucoup des gens que j’ai rencontrés m’ont dit la même chose. Monet tapaamistani ihmisistä kertoivat minulle saman asian. (voir beaucoup du/des).

1.3. L’article défini ne change pas à la forme négative

La règle de la transformation de l’article indéfini devant un complément direct dans une phrase négative ne concerne pas l’article défini (erreurs fréquentes chez les finnophones) ! L’article défini ne change pas de forme quand il détermine un groupe nominal complément direct d’une phrase négative :

J’ai pris le livre → je n’ai pas pris le livre. Il a mangé le chocolat → Il n’a pas mangé le chocolat. Elle a compris la règle → Elle n’a pas compris la règle. Les enfants ont pris les gâteaux → Les enfants n’ont pas pris les gâteaux.

En finnois, presque tous les compléments directs (objekti) d’un verbe à la forme négative sont au partitiivi (en nähnyt lamppua, hän ei löytanyt avaintaan etc.). En français, une telle règle générale n’existe pas et n’a aucun équivalent. Voir Ne pas se laisser influencer par le finnois ci-dessous.

2. Formes identiques, mots différents !

2.1. Savoir interpréter les formes différentes

La contraction de la préposition de avec l’article défini peut créer certaines formes qui sont identiques à celles de l’article indéfini : des, du. Le mot de peut être une préposition, un article indéfini ou un morceau de l’article indéfini massif de la. Mais de la peut être aussi être la préposition de + article défini la.

Toutes ces formes peuvent représenter des parties du discours différentes et l’apprenant de français langue étrangère débutant peut facilement les confondre. Il faut donc savoir bien les interpréter :

De, du, de la, des
depréposition de On pa parlé de nos amis.
article indéfini dans une phrase négative On n’a plus de temps.
duarticle indéfini massif du Il boit du café.
formecontracte de la préposition de et
de l’article défini le
C’est au début du printemps.
de la article indéfini massif de la Elle mange de la glace.
préposition de + article défini la Elle sort de la piscine
des pluriel de l’article indéfini Elle avait des projets intéressants.
formecontracte de la préposition de et de l’article défini les On a discuté des projets de mon amie.

Remarque : si on écrivait l’article indéfini massif de la en un seul mot (dela), cela permettrait (en ce qui concerne le féminin, au moins) de disinguer plus facilement entre les groupes nominaux avec un article indéfini massif (j’écoute dela musique) et les groupes prépositionnels formés avec la préposition de, un article défini et un nom (on a parlé de la musique du film). Voir l’article indéfini.

2.2. Opposition de/des

Le maniement de ces formes contractes nécessite une certaine habitude et occasionne souvent des erreurs chez les apprenants de français langue étrangère. Après les verbes construits avec la préposition de (parler de, avoir besoin de, se moquer de…), l’alternance de /des traduit souvent l’opposition article indéfini /article défini :

Il parle de problèmes que je ne connais pas.
Hän puhuu (sellaisista) ongelmista, joita en tunne.
de problèmes < de des [règle d’effacement] Singulier :
Il parle d’un problème que je ne connais pas.

Il parle des problèmes qu’il a eus.
Hän puhuu (niistä) ongelmista, joita hänellä on ollut.
des < de les [contraction] Singulier :
Il parle du (< de le) problème qu’il a eu.

Pour distinguer entre une forme d’article défini et une forme d’article indéfini, il faut souvent d’abord savoir identifier (et donc connaitre) la construction du verbe (verbe construit avec de ≠ verbe sans de). Il y a un moyen simple de faire ressortir la différence, c’est de mettre le complément au singulier (voir ci-dessous).

À l’oral, à cause de la règle d’effacement et de l’assimilation de sonorité qu’elle entraine parfois, l’alternance de / des correspond à l’opposition /d/-/de/ ou /t/-/de/ :

/ilapaʁledeʒɑ̃kilavy/ = il a parlé des gens qu’il a vus
(préposition de + article défini pluriel les contracté)

/ilapaʁledʒɑ̃kɶʃkonepa/ = il a parlé de gens que je connais pas
(préposition de, article indéfini pluriel des effacé)

/õnapaʁledefilm/ = on a parlé des films (qu’on a vus)
(préposition de + article défini pluriel les contracté)

/õnapaʁletfilm/ = on a parlé de films (divers)
(préposition de, article indéfini pluriel des effacé)

2.3. Connaitre et savoir identifier la construction du verbe

Pour distinguer entre des article indéfini pluriel et des formecontracte, il y a un moyen simple, c’est de mettre le complément au singulier. Dans ce cas-là, la forme d’article est facile à identifier :

complément direct
Le gouvernement envisage des réformes. →
Le gouvernement envisage une réforme.

Complément prépositionnel (verbe construit avec de) :
Le gouvernement a débattu des réformes. →
Le gouvernement a débattu de la réforme.

J’ai besoin de conseils. Tarvitsen neuvoja.
Singulier : J’ai besoin d’un conseil. [article indéfini]

J’ai besoin des conseils de mon ami. Tarvitsen ystäväni neuvoja.
Singulier : J’ai besoin besoin du conseil de mon ami. [article défini]

Pour cela, il faut cependant aussi connaitre la construction du verbe, ce qui n’est pas toujours aussi simple, et nécessite des connaissances en vocabulaire. Certains verbes peuvent avoir deux constructions différentes (complément direct et complément prépositionnel avec préposition de). Des formes identiques peuvent donc cacher des structures différentes :

Il s’est servi du poulet, des frites et du vin. [verbe servir qch à qqn, complément direct, du article massif] Hän otti broileria, rankalaisia ja viiniä. Il s’est servi du vin qui restait pour faire une sauce. [verbe se servir de qch, complément prépositionnel, du forme contacte de+le] Hän käytti loput viinistä kastikkeeseen.

Le problème pour le non franco­phone, c’est qu’il ne connait pas toujours la construction du verbe : se construit-il avec complément direct (sans préposition), avec de, avec à etc. ? Les verbes courants sont faciles à mémoriser, mais devant un verbe moins fréquent (préconiser, envisager etc.), l’apprenant de français langue étrangère n’a pas toujours les moyens de savoir à priori quelle est la construction du verbe. La seule solution est d’apprendre la construction du verbe par cœur (ou de consulter un dictionnaire) : la préposition est un élément essentiel du verbe : rêver nähdä unta et rêver de haaveilla jstak ne sont pas la même chose. C’est donc souvent avant tout une question de vocabulaire.

2.4. Des changements complexes

La présence de la préposition de peut entrainer une réaction en chaine et faire disparaitre (apparemment) les articles ou les « cacher » dans des formes contractes. Cependant, le franco­phone les identifie (il les « sent ») sans difficulté, alors que l’apprenant étranger doit fournir un effort d’analyse, ce qu’illustre bien la phrase suivante (tirée d’une revue du ministère des Affaires étrangères français), dans laquelle se succèdent de (article ou préposition) et des, qui renvoient chaque fois à des groupes bien précis. Les prépositions sont en bleu, les articles en rouge, la locution prépositionnelle principale sous la forme de ([jnk] muodossa) est en bleu gras. Dans certains cas, on répète cette locution en exprimant simplement le mot de (= [sous la forme] de) :

Des prestations sont fournies à l’assuré social sous la forme d’un remboursement des soins médicaux et hospitaliers, des médicaments, d’allocations familiales, d’indemnités journalières de maladie, de maternité, de pensions ou de rentes d’ invalidité, d’accident de travail, de retraite ou de veuvage.

La structure de l’enchainement des compléments qui détermine la forme des articles est expliquée ci-dessous par la répétition des groupes de mots qui déterminent les compléments :

Des prestations (etuuksia) sont fournies à l’assuré social sous la forme d’un remboursement des soins médicaux et hospitaliers, sous la forme d’un remboursement des médicaments, sous la forme d’allocations familiales, sous la forme d’indemnités journalières de maladie, sous la forme d’indemnités journalières de maternité, sous la forme de pensions (eläke) ou sous la forme de rentes (elinkorko) d’invalidité, sous la forme de pensions d’accident de travail, sous la forme de pensions de retraite ou sous la forme de pensions de veuvage.

En utilisant des verbes à la place des noms prestations (etuudet, maksut) et remboursement (palautus[maksu]), et en rétablissant les noms sous-entendus, on  retrouve les articles :

Quelles sont les prestations ? On rembourse les soins médicaux et hospitaliers, les médicaments, on paie des allocations familiales, des indemnités journalières de maladie, des indemnités journalières de maternité, on paie des pensions ou des rentes d’invalidité, des pensions d’accident de travail, des pensions de retraite ou des pensions de veuvage. 

3. L’opposition article défini/article indéfini

Du point de vue de l’apprenant de français langue étrangère dans la langue maternelle duquel il n’y a pas d’article, l’article défini s’utilise en opposition à l’article indéfini. Il faut « choisir » entre l’un ou l’autre (parfois on peut aussi utiliser un article zéro). L’opposition article défini / article indéfini permet d’exprimer des nuances parfois très subtiles (hiuksenhieno). Ce sont des nuances que les franco­phones comprennent (en général et au moins intuitivement), mais que les locuteurs d’autres langues ne comprennent pas toujours.

Dans de nombreuses langues où il n’y a pas d’article, ces nuances sont souvent exprimées avec d’autres moyens ou, tout simplement, ne sont pas exprimées du tout (et pourtant, les locuteurs se comprennent). Et même dans les langues où il y a des articles, les nuances ne sont pas forcément exprimées de la même manière. Il y a par exemple de nombreuses différences entre l’anglais et le français, langues dans lesquelles il y a pourtant un article défini et un article indéfini, et le fonctionnement de l’article en anglais ne donne pas toujours des modèles fiables pour l’utilisation de l’article en français par les apprenants de français langue étrangère. De toute façon, pour les finnophones, le fonctionnement de l’article en anglais est aussi dificile à maitriser que celui du français.

Le finnois n’a pas d’article et en règle générale, la forme des noms en finnois n’aide pas à choisir l’article en français (contrairement à ce qu’enseigne la tradition grammaticale du français langue étrangère en Finlande). Mais, heureusement, il y a plusieurs autres indices qui permettent, dans de nombreux cas, de choisir de façon presque certaine entre l’article indéfini et l’article défini.

L’article indéfini renseigne en général sur le contenu sémantique du nom (j’ai acheté un livre, ceci est un poisson, nous sommes sur une belle route etc.), mais sans préciser l’« identité » exacte du contenu du nom : j’ai acheté un livre signifie que je a acheté un objet qu’on peut définir comme « livre » (un support en papier ou électronique qui contient des pages de texte), mais on ne précise pas de quel livre il s’agit.

L’article défini signifie que ce que le nom désigne peut être identifié de façon précise : si on dit à quelqu’un j’ai acheté le livre, cela signifie que la personne à qui on le dit sait exactement de quel livre il s’agit (ou on suppose qu’elle le sait). L’article défini indique que le groupe nominal renvoie à une entité qui est identifiable de façon univoque (yksiselitteisesti), parce qu’il n’y a pas d’autre(s) référent(s) qui correspond(ent) à ce qui est décrit par le groupe nominal.

En simplifiant beaucoup, on peut donc dire que l’article indéfini renseigne seulement sur la nature (luonne, olemus) et le nombre du référent du nom, alors que l’article défini renseigne sur la nature, le nombre et l’identité du référent du nom.

4. Référence spécifique

4.1. Référence spécifique explicite

L’article défini peut renvoyer à un référent identifiable. Le cas le plus fréquemment cité dans les grammaires est celui où l’article défini renvoie à un GN qui a été mentionné de façon explicite antérieurement dans la situation d’énonciation, dans le texte, ou dans une situation passée etc. La référence est alors explicite. Dans ce cas, l’article défini ressemble à un démonstratif à valeur anaphorique (c’est là que se voit le plus clairement l’origine de le/la, qui vient du latin illu(m)/illa(m), en finnois tuo) :

J’ai pris mon nouveau vélo pour aller poster une lettre avant la levée du courrier, et une fois arrivé je me suis rendu compte que j’avais oublié la lettre au moment où j’avais cherché les clés du vélo. Menin uudella pyörälläni jättämään kirjeen laatikkoon ennen kuin se tyhjennetään, ja kun saavuin paikalle huomasin, että olin unohtanut sen kirjen, kun etsin sen pyörän avaimia. J’ai acheté un livre de cuisine la semaine dernière. Et maintenant, le livre est déjà tout abimé, parce que je l’ai tellement utilisé. Ostin keittokirjan viime viikolla. Je nyt se kirja on jo ihan kulunut, kun olen niin paljon käyttänyt sitä. Au fait, où est-ce que tu as mis la caisse de bière ? Hei mihin sä laitoit sen kaljakorin?

En finnois  : comme on le voit dans les exemples, dans ce cas, en finnois, on peut employer le déter­minant démonstratif à valeur anaphorique se, qui fonctionne alors exactement comme le/la en français. Cet emploi n’est pas obligatoire, mais il est fréquent dans la langue parlée. Si en finnois, devant un nom, on peut utiliser se sans valeur démonstrative (déictique), en français il y a de très fortes chances qu’on utilise un article défini.

4.2. Référence spécifique implicite

L’article défini peut aussi renvoyer à un référent connu, mais qui n’a pas été expressément (nimenomaisesti) mentionné dans une situation d’énonciation. On peut l’identifier parce qu’il est connu pour d’autres raisons, grâce à un savoir commun partagé par le locuteur et le destinataire du message. Ce savoir commun signifie que le contenu du nom a bien sûr été mentionné un jour, mais pas dans une situation qu’on peut immédiatment restituer. La référence est alors implicite :

Le réveil sonne. Herätyskello soi.[On sait que dans la maison il n’y a qu’un seul réveil, qui est logiquement dans la chambre à coucher.] Tu as rentré la voiture ? Ajoitko auton talliin? [On sait de quelle voiture on parle, parce qu’il n’y en qu’une dans la famille.] Les parents de cet élève sont très satisfaits de notre école. [le mot parents avec article défini signifie implicitement « vahemmat ».]  Aujourd’hui, le journal est venu en retard . [On sait qu’il n’y a qu’un seul journal qui vient tous les jours et quel est ce journal.] La Lune tourne autour de la Terre en 28 jours. [On sait que dans notre système solaire il existe une seule planète nommée « Terre », qui a un seul satellite nommé « Lune ».] La Finlande a beaucoup de lacs. [On sait qu’il existe un pays nommé « Finlande » et qu’il n’y en a pas d’autre de ce nom.] Ce soir, le Premier ministre s’adressera à la nation. [On sait qu’il existe un seul Premier ministre, et qui est cette personne au moment où on dit cette phrase.]

Si on dit à quelqu’un qui part en voyage dans une ville « Juste en face de la gare il y a un petit restaurant très sympathique », cela signifie que dans cette ville il n’y a qu’une seule gare, identifiable sans équivoque. Ce ne serait pas possible dans une ville comme Paris, où il faudrait préciser juste en face de la gare de l’Est /du Nord/ Montparnasse etc. Si la référence implicite n’est pas univoque (yksiselitteinen), des expansions (määritteet) du nom permettent d’identifier le référent :

Le radio-réveil de la chambre à coucher sonne. Aujourd’hui, le journal local est venu en retard. Tänään paikallislehti tuli myöhässä.[signifie qu’on reçoit deux journaux, un journal local et un journal national.] Je n’ai pas eu le temps de regarder les informations de 20h. En ehtinyt katsoa kahdeksan uutisia.! Dans la classe de mon frère, il y a 35 élèves  La personne qui était au téléphone n’a pas dit son nom. Je pense souvent aux [aux = à +les] vacances que nous avons passées au Pays basque Les baies les plus consommées en Finlande sont les myrtilles et les airelles.

En finnois  : le finnois ne marque pas la référence implicite. Dans les équivalents finnois des phrases ci-dessus, on ne peut pas employer le déter­minant se. Comment savoir dans ce cas si on peut employer un article défini ou indéfini ? Il suffit de faire le test de l’article indéfini : si on ne peut pas employer yksi/eräs/joku, il est très probable qu’on utilise l’article défini.

4.3. Autre article possible

Mais même quand le référent est « unique » à un moment précis, on peut utiliser l’article indéfini, pour désigner une ou plusieurs autres occurrences (esiintymä) de ce référent, qui ne renvoient pas au même référent implicite. En finnois, dans les exemples suivants, on pourrait utiliser des équivalents de un/des tels que joitain ou sellainen :

Au moyen âge, il y a eu des papes en France. Keskiajalla oli paaveja Ranskassa. Cette année, nous avons eu un printemps pluvieux. Il parle un français soigné. Hän puhuu huoliteltua ranskaa. Des Premiers ministres se sont succédé sans réussir à redresser la situation économique. Pääministereitä valittiin toinen toisen jälkeen ilman, että he kykenivät kohentamaan maan taloustilannetta. C’était un Noël très sympathique. Se oli hyvin hauska joulu. Ce matin, il y avait un ciel d’un bleu très profond et un soleil tout rouge. La France de 1918 était une France démoralisée. Vuoden 1918 Ranska oli lyöty Ranska. Je vais vous parler ce soir d’une Finlande que vous ne connaissez pas. Kerron teille tänä iltana sellaisesta Suomesta, jota ette tunne. Les Américains laissent un Irak en pleine tourmente. [titre dans la presse] Les chauds rayons d’un soleil brillant illuminent un ciel limpide [Astérix et la serpe d’or]

On peut renvoyer à ces groupes en utilisant aussi l’article défini, qui marque dans ce cas la référence spécifique à quelque chose de connu par le contexte :

Cette année, nous avons eu un printemps pluvieux. Le printemps pluvieux a été suivi par une période de sécheresse. Ce matin, il y avait un ciel d’un bleu très profond et un soleil tout rouge. Le soleil rouge était magnifique.

L’article défini signifie ici que ces GN ont été mentionnés antérieurement. Mais Le soleil rouge en dehors de tout contexte et de toute référence signifierait implicitement qu’il existe par exemple un soleil rouge et un soleil blanc (ce qui n’est pas le cas sur la Terre, mais serait possible dans un autre système stellaire).

4.4. Fonction cataphorique de l’article défini

En finnois, il est fréquent d’annoncer une une proposition relative par un déter­minant à fonction cataphorique, se ou sellainen : se poika, joka …, sellainen rakenne, joka … En français, dans ce cas, se se traduit par l’article défini le/la/les et sellainen par l’article indéfini :

se poika, joka … = le garçon qui…
sellainen rakenne, joka … = une construction qui….

L’erreur fréquente que font les finnophones dans l’expression écrite est de traduire se par ce/cette, ce qui change le sens de la phrase, et sellainen par tel, cequi est agrammatical. Voir la cataphore.

5. Référence générique

5.1. Désignation d’une classe d’objets

L’article défini peut s’employer en dehors de toute référence spécifique. Il indique alors que le nom désigne tous les éléments de la classe des objets concernés, et non pas un exemplaire particulier. Il prend alors une valeur générique (en finnois geneerinen, voir aussi VISK §1407 et suivant). Si on dit  La baleine est un mammifère (Valas on nisäkäs), le groupe nominal la baleine désigne virtuellement toutes les baleines. De même, dans la phrase La ville est un environnement stressant, le nom ville désigne toutes les villes possibles. Cette propriété se vérifie au singulier et au pluriel :

Le merle est un oiseau. Moi, j’aime la ville, je ne pourrais pas vivre à la campagne. Le cochon est un animal sympathique. Les myrtilles sont bleues, les airelles rouges. Mustikat ovat sinisiä, puolukat punaisia. On dit que le rouge est une couleur agressive et que le vert est reposant pour les yeux.

Inversement, l’article indéfini (comptable ou massif) isole une occurrence (esiintymä, tapaus) concrète de cette catégorie :

Le merle est un oiseau. ↔ J’ai vu un beau merle dans le jardin.
L’argent est utile. ↔ Il demande de l’argent.
Ma couleur préférée est le bleu. ↔ Mets du bleu sur le mur.

En finnois  : contrairement à la référence spécifique explicite qui peut se marquer en finnois avec le déter­minant se, en finnois on n’exprime jamais la valeur générique par un déter­minant. Dans les exemples ci-dessus, il est impossible de traduire l’article défini en finnois. La valeur générique peut être exprimée en finnois par le lexique, mais souvent elle n’est pas exprimée de façon particulière et se déduit du sens ou de la structure de la phrase ou du contexte, ou bien elle est évidente.

5.2. Désignation d’un groupe

Le nom avec article défini peut donc désigner un groupe :

Les français seraient individualistes. Ranskalaiset ovat muka individualisteja. De nos jours, on dirait que les étudiants ont de moins en moins de temps pour étudier. Les Normands ont envahi l’Angleterre au XIe siècle. La rencontre entre les ouvriers et les patrons a été un échec. Työntekijöiden ja työnantajien välinen kokous epäonnistui.

Dans ce cas, le singulier suffit à désigner tout les éléments du genre ou du groupe, mais ce moyen d’exprimer la généricité est moins fréquent que le pluriel, car il a une valeur généralisante très forte :

Le français serait individualiste. De nos jours, l’étudiant est souvent obligé de faire des petits boulots pour vivre convenablement.

Par opposition, l’article indéfini (comptable ou massif) désigne un ou des élément(s) particulier(s) du groupe, et dans ce cas, on peut de nouveau utiliser en finnois jotkut/ joitain/ yksi :

Les Finlandais sont blonds. J’ai vu des Finlandais bruns. (des individus non définis) Elle aime le vin. Elle aime un vin, le bourgogne. Hän pitää yhdestä viinistä, nimittäin burgundiviinistä. Il aime les femmes. Hän on naistenmies. Il a aimé des femmes dans sa vie, mais ne s’est jamais marié. Hänellä on ollut useita rakkauksia elämässään.

5.3. Forme nominale du verbe

L’article défini exprime également cette valeur générique quand il est employé devant un nom qui est une forme nominale de verbe, par exemple le mensonge (le fait de mentir → tous les mensonges). L’article indéfini, inversement, dénote une occurrence concrète :

Le mensonge est parfois utile.
Ce qu’il a dit est un mensonge.
Le divorce est souvent source de complications ennuyeuses.
Plus d’un tiers des mariages se terminent par un divorce, et même un sur deux dans les grandes villes.

En finnois, on peut obtenir la même opposition à l’aide du lexique (mais pas toujours) :

le mensonge valehteleminen / un mensonge valhe le jeu leikkiminen / un jeu leikki l’achat ostaminen / un achat ostos la construction rakentaminen / une construction rakennus etc.

Mais tout article défini devant un nom déverbatif (formé à partir d’un verbe) n’a pas forcément une valeur générique. Il peut renvoyer à un GN identifiable par le contexte (valeur référentielle) :

Je ne l’ai pas cru. Le mensonge était trop gros. [le mensonge : hänen valheensa oi ilmeinen] Ils n’habitent plus ensemble. Le divorce a été prononcé il y a deux mois. [le divorce : heidän avioeronsa vahvistettiin kaksi kuukautta sitten.]

En finnois : si un infinitif en -minen à valeur générique (donc qui ne renvoie pas à une action mentionnée antérieurement) est sujet de la phrase (et souvent aussi complément du verbe), il y a de fortes chances qu’en français on utilise un article défini.

5.4. Expression de la généricité en finnois

Le finnois ne dispose pas de déter­minant spécifique permettant de marquer la généricité, mais, parfois, l’opposition en français entre générique/non générique peut correspondre en finnois à des noms différents :

une montagne vuori : Le Mont-Blanc est une montagne. 
la montagne vuoristo : L’air de la montagne est très pur. Vuoriston ilma on hyvin puhdasta.
une ville kaupunki : Il habite dans une ville. Hän asuu kaupungissa.
la ville kaupunkielämä : Je préfère la ville à la campagne.
un bruit ääni : J’ai entendu un bruit bizarre. Kuulin kummallisen äänen.
le bruit melu[haitat] : Le bruit est source de stress. Melu aiheuttaa stressiä.
un avion lentokone : Un avion est passé au-dessus de la maison. Lentokone lensi talon ylitse.
l’avion lentäminen : L’avion est un moyen de transport rapide mais polluant. Lentäminen on nopea mutta saastuttava tapa matkustaa.
un bâtiment rakennus : Son bureau est dans un vieux bâtiment.
le bâtiment rakennusala : La crise du bâtiment a causé une crise du logement. Rakennusalan lama on aiheuttanut asuntopulan.
un cinéma elokuvateatteri : On a construit un nouveau cinéma dans le quartier. Kaupunginosaan on rakennettu uusi elokuvateatteri.
le cinéma elokuvataide : Le cinéma est aujourd’hui une véritable industrie. Elokuva on nykyään varsinainen teollisuuden ala.

Remarque : dans la liste ci-dessus, les traductions en finnois sont des exemples de traductions, et pas les seules traductions possibles. Quand un nom est précédé d’un article défini, cela ne signifie pas automatiquement que ce nom ait une valeur générique. Des mots comme ville, bâtiment, avion (et tous les autres) peuvent aussi être déterminés par un article défini renvoyant à un référent spécifique :

Est-ce que tu connais Bayonne ? – Oui, la ville [= Bayonne] me plait beaucoup. J’ai eu peur en voyant l’avion voler si bas. [l’avion = l’avion dans lequel j’étais] etc.

5.5. Le générique massif

L’article défini s’utilise aussi pour marquer la valeur générique des noms massifs (vin, chocolat, argent, amour, chance etc.), surtout quand ces noms sont employés comme sujet du verbe :

L’argent ne fait pas le bonheur. L’alcool est mauvais pour la santé. La violence engendre la violence.

Dans ces constructions, on dit quelque chose de général sur telle ou telle « matière » concrète ou abstraite, et quand le nom est en fonction de sujet, il est quasiment impossible d’utiliser un article indéfini. En finnois, on ne peut pas non plus mettre le sujet au partitiivi dans un tel cas :

*Du vin rouge est bon pour la santé.  *Punaviiniä on terveellistä. *De la violence engendre la violence. *Väkivaltaa synnyttää väkivaltaa.

Comparer avec un emploi non générique, où l’article indéfini est tout à fait possible :

Du vin rouge s’était répandu sur la nappe. Punaviiniä oli läikkynyt pöytäliinalle.

5.6. Aimer + article défini

La valeur générique de l’article défini explique pourquoi on utilise en général un article défini après le verbe aimer, phénomène qui est source de nombreuses erreurs et interrogations chez les apprenants finnophones :

Il aime le chocolat. = tous les chocolats. Ma femme aime le cinéma. = les films

Quand le complément du verbe aimer désigne une ou plusieurs occurrences concrètes, on utilise, logiquement, l’article comptable. Il est ainsi parfaitement possible (contrairement à ce qu’enseignent certaines grammaires finlandaises) d’utiliser l’article indéfini singulier ou pluriel devant un complément direct du verbe aimer (ou adorer, préférer), mais l’article massif est exclu, pour les raisons expliquées ci-dessus) :

Il aime le chocolat Il mange du chocolat. (du occurrence concrète) Elle aime le vin. Elle boit du vin. Elle aime un vin, le bourgogne. Hän pitää yhdestä viinistä, nimittäin burgundiviinistä. Il aime les femmes. Hän on naistenmies. Il a aimé des femmes dans sa vie, mais ne s’est jamais marié. Hänellä on ollut useita rakkauksia elämässään.

6. Ne pas se laisser influencer par le finnois

Le choix entre article indéfini et article défini dépend du sens général de la phrase ou du message, des valeurs sémantiques des noms, du contexte, d’un ensemble parfois très complexe de paramètres. Il ne faut pas appliquer des règles mécaniques.

6.1. Des modes de représentation du réel différents

Même si en finnois il existe certains moyens d’exprimer la même opposition entre définition et indéfinition que permet en français le choix entre article défini et article indéfini, cela se fait en général par des moyens différents (choix du verbe, ordre des mots etc.). Il y a parfois des correspondances entre les cas (les désinences casuelles, sijapäätteet) du finnois et les articles du français, mais c’est un pur hasard. Pour choisir l’article en français, il faut analyser le sens de la phrase et non pas regarder à quel cas se trouve le nom en finnois.

Il n’y a donc pas de correspondance mécanique entre telle ou telle forme d’article en français et telle ou telle désinence casuelle en finnois.

Souvent, les deux langues représentent le réel d’une manière qui leur est propre et dont la logique est parfois difficile à comprendre par l’apprenant finnophone de français ou par l’apprenant franco­phone de finnois (par exemple l’usage du partitiivi finnois ne peut être réellement compris ou maitrisé que par des locuteurs natifs). C’est le cas pour toutes les langues où il y a des articles (ou bien pas d’articles) et de façon plus générale pour de nombreux faits de langue. Ainsi, on dit en finnois hänellä on huumorintajua, où le mot huumorintaju est représenté comme massif, mais en français on dit il a le sens de l’humour, avec un article défini. Cette expression est un cas typique où les finnophones sont tentés d’appliquer à l’article défini la règle de la transformation de l’article indéfini en de :

Hänellä ei ole huumorintajua. → ? Il n’a pas de sens de l’humour (ou *Il n’a pas de sens d’humour, agrammatical).

La forme marquée avec le signe ? n’est pas entièrement agrammaticale, mais peu usitée, la forme avec article défini est la forme habituelle :

Il a le sens de l’humour. Il n’a pas le sens de l’humour. Il n’a pas beaucoup le sens de l’humour. Il a très peu le sens de l’humour. Il n’ a guère le sens de l’humour.

6.2. Une équivalence inexistante

La manière dont sont présentées les règles concernant l’article dans les manuels et l’enseignement du français en Finlande en général fait penser aux apprenants qu’il existerait une correspondance (quasiment) automatique entre le cas (sijamuoto) du nom en finnois et la forme de l’article en français :

monikon nominatiivi/akkusatiivi = article défini : kirjat = les livres
monikon partitiivi = article indéfini : kirjoja = des livres

Cette équivalence n’est possible que dans un nombre de cas très limité (voir Partitif et partitiivi) : quand le nom est complément direct d’un verbe perfectif à la forme affirmative, on peut opposer :

J’ai acheté les livres. Ostin kirjat.
J’ai acheté des livres. Ostin kirjoja.

Mais par exemple dans une phrase négative, la différence disparait en finnois :

Je n’ai pas acheté les livres. En ostanut kirjoja.
Je n’ai pas acheté de livres. En ostanut kirjoja.

Le plus souvent, le finnois ne fait pas de distinction entre « défini » et « indéfini » ; le cas du complément direct en finnois (akkusatiiviou partitiivi) dépend de l’aspect verbal. Les deux phrases (a) et (b) se traduisent en finnois de la même manière (c) :

(a) Le commerçant attendait des clients.
(b) Le commerçant attendait les clients.
(c) Kauppias odotti asiakkaita.

Le « partitiivi » asiakkaita n’exprime pas la quantité indéfinie, il marque l’aspect non résultatif (rajapakoinen) de odottaa.

6.3. Pas de correspondance « mécanique » entre finnois et français

Si on compare la phrase française suivante et sa traduction finnoise

Il entra dans la pièce de droite. De grands tableaux décoraient les murs.
Hän meni oikealla olevaan huoneeseen. Suuret taulut koristivat sein.

on constate que la « règle » implicite posée par les grammaires finlandaises ou les apprenants finnophones monikon partitiivi = article indéfini pluriel et monikon nominatiivi = article défini pluriel ne fonctionne pas du tout, et que, au contraire, elle semble même fonctionner à l’envers.

Le mot de (qui est le pluriel de l’article indéfini devant adjectif antéposé) indique qu’au mur il y avait des objets qu’on appelle « tableaux » (catégorisation : Qu’est-ce qu’il y avait au mur ? Des tableaux). L’article défini les désigne les murs qui implicitement composent la pièce (les murs de la pièce de droite, référence implicite). Le finnois ne peut pas exprimer ou n’a pas besoin d’exprimer ces nuances : suuret taulut est au nominatif, car le sujet d’un verbe actif ne peut pas être un partitiivi pluriel (il est impossible de dire : *suuria tauluja koristivat seiniä). De même, seiniä est au partitiivi, parce que le verbe koristaa l’exige ici (impossible de dire *koristivat seinät),  ; c’est une règle de la syntaxe du finnois qui n’a aucun équivalent en français. En français, l’article défini et l’article indéfini ne s’utilisent donc pas pour les mêmes raisons que celles pour lesquelles on utilise en finnois le nominatif pluriel et le monikon partitiivi.

6.4. Partitiivi (presque) « automatique »

Il y a de nombreux verbes finnois (de sens imperfectif ou duratif) qui demandent presque automatiquement le partitiivi. En français, dans le même cas on utiliserait un article défini (pour des raisons qui sont expliquées ci-dessous) ; parfois, on aurait le choix entre un article défini ou indéfini, alors qu’en finnois la désinence (sijapääte) du nom est « automatiquement » le partitiivi :

partitiiviarticle défini
Vertailin hintoja. J’ai comparé les/des prix.
Hän osaa kuunnella ihmisiä. Il sait écouter les gens.
Vuorikiipeilijä ihaili maisemaa. L’alpiniste admirait le paysage.
Autoilija piteli rattia yhdellä sormella. L’automobiliste tenait le volant d’un seul doigt.
Kävely kohentaa kuntoa. La marche améliore la forme.
Rakastan merilomaa. J’adore les vacances au bord de la mer.
Kuluja karsitaan. On réduit les/des dépenses.
Pienenä hän inhosi koulua. Quand il était petit, il détestait l’école.
Etsin lainaamiasi kirjoja. Je cherche les/des livres que tu m’as prêtés.
Tutkijalautakunta tutkii tapaturman syitä. La commission d’enquête étudie les causes de l’accident.
Pitää arvioida onnistumismahdollisuuksia. Il faut évaluer les chances de réussite.
Odotan kesää. J’attends l’été.
Kansanedustaja moitti hallitusta. Le député a critiqué le gouvernement.
Tarkenne edeltää substantiivia. Le déter­minant précède le nom.
Ritari vannoi suojelevansa köyhiä. Le chevalier jurait de protéger les pauvres.
Tasavallan presidentti käyttää toimeenpanovaltaa. Le président de la république exerce le pouvoir exécutif.

7. Équivalents possibles en finnois de l’article défini

Il existe plusieurs indices en finnois qui permettent de décider si on emploie un article défini en français.

le déter­minant se peut exprimer une référence spécifique, comme le/la/les :

Sinunhan piti tuoda tuoleja. No toitko ne tuolit? Tu devais apporter des chaises. alors ? Tu as apporté les chaises ? Piti mennä sisälle hakemaan autotallin avaimen, ja sitten kun tulin autotallin, huomasin, että taas ei ollut sitä avainta, kun otin väärän avaimen. J’ai dû rentrer pour chercher la clé du garage et quand je suis retourné au garage, j’ai vu que je n’avais de nouveau pas la clé, parce que j’en avais pris une mauvaise.

Si en finnois un nom singulier ou pluriel de sens générique (c’est-à-dire désignant les éléments d’un groupe, ou un ensemble) ne peut pas être précédé de yksi/ jokin/ jotkut/ joitain, il a comme équivalent en français un nom déterminé par un article défini. C’est très souvent le cas s’il est en fonction de sujet du verbe de la phrase (mais aussi dans d’autres positions) :

La ville est un environnement stressant. En Finlande, le mois d’avril [=tous les mois d’avril] est très sec. En France, à une époque les magasins étaient fermés le lundi matin. Työntekijöiden ja työnantajien välinen kokous epäonnistui. La rencontre entre les ouvriers et les patrons a été un échec.

Quand un nom massif est sujet du verbe, en français il ne peut pas être déterminé par un article indéfini massif. Il est alors habituellement précédé d'un article défini :

Kahvi edistää ruoansulatusta. Le café a un effet bénéfique sur la digestion. Sähkö on yhä kalliimpaa. L’électricité devient de plus en plus chère.

les noms finnois en -minen ou les autres noms déverbatifs, avec le suffixe -ointi, -lu/ly, -ismi etc. utilisés en fonction de sujet (ou de complément d’un verbe à la forme affirmative) correspondent presque toujours à un nom avec article défini en français :

Keskittyminen on tärkeää. La concentration est importante. Pysäköinti aiheuttaa usein haittoja asutukselle. Le stationnement est souvent source de nuisances dans les zones résidentielles. Kävely kohentaa kuntoa. La marche est bonne pour la forme. Turismi tuo sekä vaurautta että ongelmia. Le tourisme est source à la fois de richesse et de nuisances.

Quand les noms sont employés comme complément du verbe ou comme complément de phrase, ces équivalences ne sont plus aussi nettes. On peut cependant toujours utiliser le test de se ou yksi/joku : si on peut utiliser se ou on ne peut pas utiliser yksi/ jokin/ jotkut/ joitain devant le nom en finnois, il y a de fortes chances qu’on utilise un article défini en français.

En revanche, le cas (sijamuoto) du complément du verbe en finnois ne permet que rarement de décider si le nom est précédé d’un article défini ou indéfini en français. L’opposition monikon genetiivi-akkusatiivi / monikon partitiivi correspond à l’opposition article défini pluriel / article indéfini pluriel uniquement si les trois conditions suivantes sont réunies :

  1. le complément est direct (en finnois objekti),
  2. le verbe est à la forme affirmative,
  3. le verbe a un sens perfectif.

Ces conditions représentent environ seulement 5% des cas possibles.

18. L’article défini. Mise à jour 1.3.2024