Grammaire du français
pour finnophones

26. Les prépositions

1. Formes et emploi

2. Répétition des prépositions

3. Prépositions exprimant le lieu

4. Dates, jours, heure

5. Noms géographiques et similaires

  Index alphabétique

1. Formes et emploi des prépositions

1.1. Les adpositions en finnois et en français

Cette page ne décrit pas les prépositions ni toutes les différences de sens entre les diverses prépositions (elles sont décrites dans des dictionnaires), mais présente certains problèmes que la forme ou le choix de certaines prépositions posent habituellement aux finnophones.

En finnois, une partie des sens exprimés par les prépositions en français sont généralement exprimés par les cas de la déclinaison : donner à qqn antaa jollekulle, rentrer de qqpart palata jostakin, mais les six cas dit « cas locaux » (paikallissijat) ne suffisent pas à couvrir toutes les valeurs sémantiques possibles des relations entre des éléments de la phrase. Pour cette raison, en finnois, il existe aussi des mots équivalents aux prépositions du français. Ils peuvent être placés avant le groupe nominal (GN), comme en français, mais le plus souvent, ils sont placés après le GN, et on les appelle « postpositions ». Les prépositions et les postpositions sont nommées génériquement « adpositions », en finnois adpositiot.

L’apprentissage des adpositions, dans toutes les langues où elles existent, est avant tout un problème de vocabulaire et de mémorisation, et seulement secondairement un problème de grammaire : le plus difficile est souvent de mémoriser les formes précises et les différents sens possibles des adpositions. Dans certains cas, on utilise des adpositions similaires en finnois et en français (lutter contre la pauvreté taistella köyhyyttä vastaan, avant le repas ennen ateriaa ), mais très souvent, il y a des différences trompeuses, notamment dans le cas des prépositions utilisées après des verbes.

C’est aussi le cas pour de nombreux adjectifs, dont la construction équivalente en finnois peut être tout à fait différente, ce qui provoque souvent des erreurs :

pareil à / semblable à/ similaire à quelque chose samanlainen kuin jokin
identique à quelque chose identtinen jonkin kanssa
différent de quelque chose erilainen kuin
prêt à quelque chose valmis johonkin
typique de quelque chose tyypillinen jollekin

1.2. Prépositions simples et prépositions composées

En français, une grande quantité de prépositions sont formées de plusieurs éléments. Ce sont des prépositions composées (on les appelle aussi locutions prépositives ou locutions prépositionnelles). Les éléments qui les composent forment un tout : le blanc (sanaväli) qui les sépare est seulement visuel. Certaines prépositions simples étaient à l’origine des mots séparés, comme hormis < hors mis, autour de < au tour de, malgré < mal gré). Les prépositions simples et les prépositions composées s’utilisent de la même manière et se placent avant le groupe nominal:

prépositiongroupe nominal
derrièrela maison
à côté dela boite aux lettres
à traverscette belle forêt
depuisla fin des vacances
par rapport àcette analyse
à la faveur decette réforme
Dans la présente grammaire du français pour finnophones, le terme de préposition peut désigner génériquement les prépositions simples et les prépositions composées.

Le plus souvent, les prépositions composées sont formées d’un ou de plusieurs mots suivis de la préposition de ou à (voir la liste des prépositions). On trouve aussi des prépositions composées qui commencent avec la préposition de ou une autre préposition, ou des prépositions formées de deux prépositions :

Il lui est venu une idée de derrière la tête. Je l’ai pris de dessous la table. Que ceux d’entre vous qui sont d’accord lèvent la main. divorcer d’avec qqn (fréquent dans le français parlé pour divorcer de qqn) distinguer d’avec quelque chose On passera par chez vous. Je te ramènerai en revenant de chez le dentiste. Elle habite près de chez moi. Cette histoire remonte à il y a plus de deux ans. Non, à mon avis, ça date d’il y a au moins trois ans.

1.3. Liste de prépositions

Certains chercheurs ont dénombré plus de 80 prépositions simples et plus de 220 prépositions composées. Voici une liste (non exhaustive) d’un certain nombre de prépositions simples et composées courantes. Les prépositions en couleur sont des prépositions (autres que les prépositions courantes à, avec, dans, de, pour, sans etc.) qui ne sont pas formées avec un élément final à ou de et qui occasionnent parfois (ou souvent) des erreurs.

à
à cause de jnk takia
à côté de jnk vieressä
à défaut de jnk puutteessa
à force de jnk ansiosta, seurauksena
à la faveur de jnk yhteydessä
à la merci de jnk armoilla
à l’égard de jtk kohtaan
à l’encontre de jtk kohtaan
à l’entour de jnk ympäristössä
à l’exception de jk lukuunottamatta
à l’instar de jnk tapaan
à l’insu de jkn tietämättä
à même suoraan jtak vasten
à partir de jstak lähtien
à raison de jssak suhteessa
à seule fin de vain jtak varten
à travers jnk läpi
après jnk jälkeen
aux dépens de jnk kustannuksella
au lieu de jnk sijaan
au moyen de jnk avulla
au prix de jnk hinnalla
au vu de jk huomioon ottaen
au-dedans de jnk sisällä
au-dessous de jnk alla
au-dessus de jnk päällä
auprès de jnk luona
autour de jnk ympärillä
au travers de jnk välityksellä
aux alentours de noin … jk
aux environs de jnk tienoilla
avant jnk ennen
avec jnk avulla, kanssa
chez jnk luona
concernant jtak koskien
conformément à jnk mukaisesti
contre jtak vastaan
dans jssak
d’après jnk mukaan
de jnk, jstak
de la part de jnk puolesta
de par jnk takia, seurauksena
d’entre jnk keskuudesta
depuis sitten, lähtien
derrière jnk takana
dès jo heti …sta
devant jnk edessä
du côté de jnk puolella
durant jnk aikana
en jssak, jksi yms.
en bas de jnk alapuolella, juuressa
en-deçà de jnk tuolla puolen
en dedans de jnk sisällä
en dehors de jnk lisäksi, ulkopuolella
en dépit de jsatk huolimatta
en face de jtak vastapäätä
en faveur de jnk hyväksi
en fonction de jstak riippuen
en guise de jnk asemesta
en plus de jnk lisäksi
entre valissä
envers jnk kohtaan
en vertu de jnk perusteella
face à jtak vasten
faute de jnk puutteesta johtuen
grâce à jnk ansiosta
hormis jtak lukuunottamatta
hors [eräissä sanonnoissa] lukuunottamatta
hors de jnk ulkopuolella
il y a [aikamääre] sitten
jusque jopa jk
jusqu’à jhk asti
lors de jnk aikana, yhteydessä
malgré jstak huolimatta
moyennant jnk avulla, ansioista
nonobstant jsta huolimatta
outre jnk lisäksi
par jnk kautta, johdosta
par rapport à jhk nähden
par suite de jnk johdosta
parmi jnk keskuudessa
passé jnk jälkeen
pendant jnk aikana
pour jllek, jtak varten
près de jnk lähellä
quant à mitä jhk tulee
quitte à silläkin uhalla että
sans jtak ilman
sauf paitsi jk
selon jnk mukaan
sous jnk alla
sous couvert de jnk verukkeella
sous prétexte de jnk verukkeella
suite à jnk johdosta
suivant jnk mukaan
sur jnk päällä
tout au long de pitkin jtak
vers jtak kohti
via jnk kautta, jnk välityksellä
vis-à-vis de jhk nähden
1.4. Distinguer les prépositions de forme ou de sens similaire
1.4.1. Attention à la forme précise

De nombreuses prépositions simples et composées se ressemblent et diffèrent parfois seulement par un petit élément. Pour cette raison, elles sont faciles à confondre. Certaines sont terminées par de, et d’autres non, et dans ce cas il faut éviter d’ajouter un de inutile. Ci-dessous quelques difficultés fréquentes :

Préposition formée d’un seul mot, sans élément à/de final
derrièrela forêt [derrière de la forêt] metsän takana
devantla maison [devant de la maison] talon edessä
avant la rentrée [avant de la rentrée] ennen koulun alkua
malgré la pluie [malgré de la pluie] sateesta huolimatta
depuis les vacances [depuis des vacances] lomasta lähtien
dèsle début [dès du début] alusta lähtien
outreles aspects économiques [en outre des aspects] talousnäkökulmien lisäksi (lire)
Préposition formée d’un seul mot et à/de final
grâce à la subvention tukirahoituksen ansiosta
quant à la situation économique mitä talouteen tulee
lors de l’inspection finale lopputarkastuksen aikana
Préposition formée de deux mots, avec à/de initial et sans à/de final
à travers la forêt [à travers de la forêt] metsän läpi
à même le sol [à même du sol] suoraan lattiaa vasten
d’aprèsle mode d’emploi [d’après du mode d’emploi] käyttöohjeiden mukaan
Préposition formée de  deux ou plusieurs mots, avec à/de initial et/ou final
au début de la représentation esityksen alussa
à côté dela maison talon vieressä
le long dela rivière jokea pitkin
par rapport au début (contraction à+le) alkuun nähden
1.4.2. Attention au sens précis

Certaines prépositions de forme différente peuvent avoir le même sens de base, mais, selon le contexte ou le sens du nom, elles peuvent aussi être employées avec un sens qui est nettement différent :

en un instant, en cinq minutes hetkessä, viidessä minuutissa
dans un instant, dans cinq minutes hetken päästä, viiden minuutin päästä

Certaines prépositions se ressemblent par la forme, mais ont un sens différent :

à travers la forêt metsän läpiau travers de la formation koulutuksen avulla
en face de la maison taloa vastapäätäface à la maison suoraan talon edessä
à l’égard de sa formation mitä hänen koulutukseensa tuleeeu égard à sa formation hänen koulutuksensa huomioon ottaen

Inversement, certaines prépositions ont un sens assez similaire, mais une forme différente :

à cause d’une maladie sairauden takiapour cause de maladie (sans article) sairastumisen johdosta
hors taxe verottomanahors de prix hävyttömän kallisen dehors de ça sen lisäksi

Attention aussi aux formes inexistantes comme *dépendant de qch.

1.5. Exemples de sens variés des prépositions

Les prépositions servent à exprimer toute sorte de rapports sémantiques, parfois éloignés du sens de base qu’on apprend en premier quand on apprend une langue. Comme exemple, on peut donner trois prépositions courantes, dont les apprenants de français ne connaissent pas toujours les autres sens, pourtant assez fréquents : sous (alla), sur (päällä, -llA), par (kautta). En plus de leur sens spatial précis, elles peuvent exprimer d’autres relations prépositionnelles.

Sous
Peut désigner :Exemples :
un lieu, une zone très vaste sous les Tropiques, sous ces latitudes näillä leveyksillä, sous d’autres cieux
un étatsous la pluie, sous un soleil ardent
une ère, une époque politiquesous l’Ancien Régime, sous la IVe République, sous Louis XVI, sous la dictature
une formesous cette forme siinä muodossa, sous ce nom sillä nimellä, sous un faux nom väärällä nimellä sous un nom d’emprunt lainanimella, sous un déguisement valeasussa .
NB. Dans la phraséologie grammaticale, on utilise la préposition à : à la forme passive, à la forme impersonnelle, à la forme réfléchie, aux formes du singulier du présent de l’indicatif, à toutes les formes du subjonctif
système d’exploitation (käyttöjärjestelmä) sous Windows, sous Android, sous iOS Windowsissa, Androidissa, iOS:issa Le logiciel tourne également sous Linux. Ohjelma toimii myös Linuxissa.
Sur
Peut désigner :Exemples :
une origine ou une cause sur ordonnance lääkärin määräyksestä sur demande pyynnöstä sur commande tilauksesta sur rendez-vous, sur R.V. [tapaaminen] sopimuksesta, ajanvaraus sur les conseils d’un ami ystävän neuvosta sur les recommandations d’un spécialiste asiantuntijan suosituksesta / kehotuksesta sur une idée d’un client asiakkaan ajatuksesta/ehdotuksesta sur ordre du colonel everstin käskystä, sur requête du juge tuomarin pyynnöstä
pour les sites Internet sur Internet, sur le site de la faculté, sur la page de Bernard J’ai acheté ce livre sur Amazon.fr. Elle télécharge la musique sur Spotify. Il avait appris la nouvelle sur le Monde en ligne.
un nom de ville dans le sens de « dans la région de » Je cherche un poste sur Paris pour rester près de ma famille. Nous intervenons essentielle­ment sur Marseille, Aix-en-Provence, et les secteurs alentours, ainsi que dans le Var.
Par
Peut désigner :Exemples :
le tempspar une belle journée de printemps, par un beau matin, par un temps magnifique, par beau temps, par temps de pluie, par vent fort, par grand vent kovalla tuulella, par temps de neige, par un temps exécrable
la causepar jalousie, par imprudence, par inadvertance epähuomiossa, par hasard, par exemple par défaut oletuksena
un classementpar ordre alphabétique, par tranche d’âge ikäluokittain, trier par taille, ranger par couleurs
une valeur
distributive
kerran päivässä/kuussa une fois par jour/par mois kaksi kertaa viikossa deux fois par semaine vain kerran vuodessa une seule fois par an sata euroa henkilöltä cent euros par personne suomalaiset oppilaitokset kunnittain les établissements d’enseignement finlandais par communes
Voir aussi le sens de par et le comportement de l’article avec entendre/désigner.

2. Répétition des prépositions

2.1. Règle générale

Quand une préposition simple ou composée porte sur plusieurs groupes nominaux, on peut répéter la préposition devant chaque groupe nominal :

Ce chef-d’œuvre, grâce à la loi du 1er aout 2003 sur le mécénat et grâce au mécénat du Crédit Agricole, va rejoindre les collections, les trésors, de ce musée. Cette fiche signalétique propose diverses directives indiquant comment établir de bonnes relations avec votre banquier et avec d’autres prêteurs.

La répétition de la préposition n’est pas toujours nécessaire. On peut la répéter pour des raisons d’insistance ou d’effet de style (le premier exemple ci-dessus est extrait d’un discours officiel), ou aussi pour des raisons de clarté ou de structure de la phrase. La plupart du temps, il suffit d’exprimer la préposition devant le premier groupe nominal et de la sous-entendre devant les autres groupes ; il faut cependant que les deux GN ne soient pas séparés par d’autres prépositions de sens différent :

La vinaigrette se fait avec de l’huile, du vinaigre, du sel et du poivre. Des vacances reposantes pour vous, votre famille et vos amis. Malgré le vent et la pluie, la promenade en bord de mer a été agréable. Nous nous demanderons dans cette étude comment les Français expriment leurs opinions sur la baisse de l’utilisation de leur langue dans le monde et sur les moyens de la combattre [ici la répétition de sur est nécessaire pour plus de clarté, à cause des prépositions de et dans dans les groupes prépositionnels de leur langue et dans le monde].

2.2. Prépositions à et de

Les prépositions à et de qui relient un verbe à son complément ne peuvent pas être mises en commun devant plusieurs groupes nominaux. Il faut les répéter devant chaque groupe nominal :

Il faut penser aux formes de discours privilégiés par le politique, notamment à la rhétorique et au sophisme. Nous parlerons aussi de l’Union européenne et de sa politique linguistique. On ne s’était pas du tout préoccupé de l’organisation du voyage ni de la réservation des billets.

Quand à et de introduisent un complément de phrase, ou de introduit un complément du nom, on peut sous-entendre les prépositions :

les parents de Pierre et François Cet été, on passera nos vacances à Brest et Quimper. Vous pouvez loger dans la cabine à deux ou trois.

Dans certaines locutions figées, la préposition est généralement répétée :

d’une façon ou d’une autre à un moment ou à un autre

Quand on répète des prépositions terminées par à et de, la répétition de l’élément final à et de est obligatoire, mais les autres éléments de la préposition peuvent être sous-entendus :

à cause du froid et de la neige En raison d’une panne de courant et de perturbations de trafic, le train aura une heure de retard. Il y a des érables autour de l’église et du cimetière. Grâce à des subventions et à des taux avantageux accordés par la ville, les bâtiments écologiques poussent comme des champignons. On se pose d’ailleurs la question du rôle des programmes nationaux par rapport aux roadmaps et aux programmes se situant au niveau européen ou international.

Rem. Dans le code écrit, il est assez fréquent qu’on mette en commun deux prépositions simples ou composées différentes devant un même groupe nominal, voir ci-dessous.

2.3. Mise en commun de prépositions différentes

Dans le code écrit, il est assez fréquent qu’on mette en commun des prépositions simples ou composées différentes devant un même groupe nominal :

Ces trois journaux ont toujours vécu grâce à et pour la publicité. Un projet à et pour Marseille [titre de journal] Ce grade est décerné aux étudiants qui ont acquis des connaissances et un niveau de compétences dans un domaine d’études qui fait suite à et se fonde sur une formation du degré secondaire II. Si nous voulons vivre durablement sur et par le littoral, il va bien falloir le considérer comme un continuum plutôt qu’une mosaïque. L’industrie touristique connait un essor inattendu, grâce à et en dépit de la pandémie.

Si on met en commun des prépositions terminées par le même élément (à ou de), on peut sous-entendre à ou de dans la première préposition :

Plusieurs tendances ont contribué à la popularité actuelle des thérapies parallèles, en dépit, et, dans une certaine mesure, à cause de son rejet par la médecine officielle. [L’élément de dans en dépit de est sous-entendu.]

Si les deux prépositions sont formées avec des mots différents, il faut les exprimer en entier :

L’industrie touristique connait un essor inattendu, grâce à et en dépit de la crise sanitaire. La présente convention collective de travail est conclue conformément à et en exécution des [contraction de+les] dispositions des conventions collectives de travail du 14 décembre 2018.

2.4. Mélange de prépositions simples et de prépositions composées

Si on met en commun une préposition de forme simple (non composée avec de ou à) et une préposition composée formée avec de ou à, il faut éviter de placer la forme terminée par à ou de en dernier, car celle-ci deviendrait implicitement un élément de la préposition précédente et cela pourrait former une préposition inexistante :

Il n’est question que de constater, en dépit de et à travers tous les aléas, la pertinence de certains choix. Toutes les croyances, quel que soit leur contenu, y compris en raison de et à travers leurs différences, contribuent à la réalisation d’un « prosélytisme de la raison économique ».

Les exemples suivants trouvés sur Internet ne respectent pas cette règle  (ces erreurs sont assez fréquentes chez les franco­phones) :

L’avenir de l’industrie est prometteur, malgré et à la fois grâce à la crise.
S’interprète ainsi :*malgré à et grâce à la crise.
[L’erreur est que malgré est une forme simple, *malgré à n’existe pas.]
Mieux : à la fois grâce à et malgré la crise…

Elle accomplissait ces missions périlleuses en raison de l’intuition qu’à travers et au-delà du service que le gouvernement lui confiait, elle travaillerait à la promotion de l’homme.
S’interprète ainsi : *à travers du et au-delà du service.
[L’erreur est que à travers se construit sans préposition de, la forme *à travers de n’existe pas.]
Mieux : … à travers le service que le gouvernement lui confiait et au-delà de celui-ci…

De même, il faut éviter de mettre en commun des prépositions dont l’une entraine une contraction de la préposition avec l’article, et l’autre non :

*On appelle littérature pour enfants la littérature lue par et destinée aux enfants.
Mieux :
On appelle littérature pour enfants la littérature lue par les enfants et destinée aux enfants.

En cas de doute, il vaut donc mieux répéter le groupe nominal ou modifier la construction de la phrase.

3. Prépositions exprimant le lieu

Cette section ne présente pas toutes les prépositions exprimant le lieu ou le mouvement en français, mais décrit des problèmes typiques que certaines d’entre elles posent aux finnophones.

3.1. Double valeur de à/dans

Les prépositions à et dans s’utilisent à la fois pour exprimer un mouvement vers quelque chose et le fait d’être quelque part :

Il est entré dans le magasin. / Il a rencontré un ami dans le magasin.
Elle va à Paris. / Elle a habité plusieurs années à Paris.

En finnois, les compléments indiquant le lieu vers lequel on va sont à un cas « direction­nel » (allatiivi ou illatiivi ) et ceux exprimant le lieu où on se trouve, à un cas « statique » (adessiivi ou inessiivi ). En français, la différence entre la valeur direction­nelle ou statique de à et dans est normalement exprimée par le verbe : entrer et aller indiquent habituellement une direction vers laquelle on va (direction­nel). Inversement, habiter est suivi d’un complément indiquant le lieu où on se trouve (statique). Certains verbes expriment un « mouvement » ou un moyen de se déplacer (kulkutapa), mais pas forcément une direction, par exemple marcher. Si on dit en français Il a marché dans le musée, cela signifie : « il était dans le musée et il marchait ». La phrase se traduit donc en finnois de la façon suivante :

Il a marché dans le musée. Hän käveli museossa.

En finnois, la direction est exprimée par la désinence (sijamuoto ) du complément (parfois aussi par le sens du verbe) et un même verbe peut souvent être utilisé soit avec un complément direction­nel, soit avec un complément statique. On peut donc dire :

(a) Hän käveli ostoskeskukseen.
(b) Hän käveli ostoskeskuksessa.

(a’) Il est allé dans le centre commercial.
(b’) Il a marché dans le centre commercial.

Dans la phrase (a), le verbe kävellä et l’illatif ostoskeskukseen indiquent un déplace­ment (à pied) vers un endroit (le centre commercial). Dans la phrase (b), kävellä indique une activité, un mouvement (la marche), et ostoskeskuksessa l’endroit où cette activité se produit (le centre commercial). En français, dans la phrase (a’), on ne précise pas forcément le « moyen » par lequel le sujet il est allé dans le centre commercial. Si on veut insister sur ce moyen parce qu’il n’est pas implicite dans le contexte, on peut dire par exemple : Il est allé au centre commercial à pied/à vélo/en voiture.

Remarque. Dans certains contextes (usage essentielle­ment littéraire), le verbe aller peut avoir son sens ancien non direction­nel de « se promener », « déambuler », et il peut aussi s’utiliser avec un sujet non animé dans le sens de « circuler » :

Pourtant, alors même qu’elle allait gaiement dans le palais et ses trente-neuf pièces, elle brulait de curiosité, tenaillée qu’elle était par le désir d’entrer dans l’autre, la quarantième… Je me souviens de ces matins où nous allions gaiement, chevauchant les collines sous leurs grands manteaux blancs. Bernard avait retrouvé son éternelle bonne humeur et les plaisanteries allaient gaiement dans le car.

3.2. En français, le mouvement est exprimé par le sens du verbe

En général, pour traduire un verbe finnois décrivant une manière de se déplacer (marcher, courir, sauter, porter etc.) suivi d’un complément indiquant une direction, on utilise en français un simple verbe exprimant le mouvement direction­nel, et on n’exprime la manière de se déplacer que si cela apporte une information vraiment utile :

Tyttö käveli takaisin mökkiin ja paukautti oven kiinni perässään. La jeune fille retourna dans la cabane et claqua la porte [en marchant/à pied inutile, car évident ou implicite]. Kannoimme puutarhakalusteet keittiöön. Nous avons rentré le mobilier de jardin dans la cuisine. [en le portant est inutile, car évident ou implicite]. Janne kavahti ylös ja hoiperteli ovelle. Jean se leva d’un bond et alla à la porte en titubant. Hän juoksi luokkaan ja käveli pulpetilleen. Elle entra dans la salle de classe en courant, puis se dirigea vers sa table d’un pas calme.

Certains verbes français expriment à eux seuls (en un seul mot) le sens d’un groupe verbe + adverbe en finnois :

tulla lähelle, tulla lähemmäksi s’approcher mennä takaisin revenir mennä/viedä alas descendre mennä/viedä ylös monter mennä yli traverser kulkea/mennä läpi traverser tulla takaisin tulla kotiin rentrer ajaa/viedä/kantaa/panna ulos sortir etc.

3.3. Verbes à double sens

Certains verbes peuvent parfois aussi exprimer en eux-mêmes le mouvement vers quelque chose, par exemple le verbe courir. Dans ce cas, le sens statique ou direction­nel est parfois être suggéré par le contexte ou le temps du verbe, mais ce n’est pas systématique :

Le chien courait inlassablement dans la cour. [non direction­nel] En entendant ce bruit, ils coururent dans la rue. [direction­nel] Tous les matins, il courait une demi-heure dans la forêt. [non direction­nel]

Inversement, certains verbes comme lancer impliquent par définition un mouvement et il n’est pas nécessaire d’indiquer la direction. Tout dépend du type de verbe et du contexte :

Il a lancé le ballon dans le jardin. Hän heitti pallon puutarhaan. [Valeur direction­nelle] Ils lançaient des ballons dans la cour. [Double valeur possible : He heittelivät palloja pihaan ou He heittelivät palloja pihalla. ] J’ai jeté le fromage à la poubelle. [Valeur direction­nelle : Heitin juuston roskiin. ] Elle a fait tomber le livre dans la cour. Double valeur possible :Hän pudotti kirjan pihalle ou Hän pudotti kirjan pihalla.

Si c’est nécessaire, on peut utiliser une formule plus précise : Elle a fait tomber le livre quand elle était dans la cour.

3.4. L’alternance dans/autre préposition spatiale
3.4.1. Préposition de base : dans

Dans certains cas, on peut utiliser deux prépositions différentes pour désigner un lieu : à/dans, en/dans, en/à. Il s’agit en partie d’un problème de lexique (mémorisation du sens des prépositions), mais le choix dépend aussi par exemple de l’article ou du sens du nom. Le choix entre les deux formes de préposition n’est pas toujours très facile, ni univoque (yksiselitteinen). On peut retenir la règle générale :

La préposition qui exprime habituellement le lieu est dans.
Dans certains cas limités, on peut utiliser d’autres prépositions.
3.4.2. Opposition à/dans

Dans certaines expressions, la préposition dans alterne avec la préposition à. Dans ce cas :

Parfois, la différence n’est pas très nette. On ne peut apprendre à alterner ces deux prépositions avec certitude qu’avec une pratique suffisante du français :

Maman est à la cuisine [signifie par exemple « en train de préparer le repas »]. Maman est dans la cuisine. Les clés sont dans la cuisine. Nous avons déjeuné dans la cuisine. Il lit le journal dans la cuisine. Il est à l’hôpital. / Il est dans l’hôpital. Elle va à l’église [= à la messe] / Elle va dans l’église. Je vais à la cave. / J’ai trouvé ça dans la cave Elle est aux toilettes. / Elle m’a vue dans les toilettes Chloé est à l’école. / Les enfants sont tous dans l’école. Il est au lycée [= hän on lukiolainen] . / Il est encore dans le lycée. Je travaille à la bibliothèque. / Nous sommes dans la bibliothèque.

✋ Dans le cas de l’opposition entre lieu et activité, la préposition à peut s’utiliser seulement

  1. si le nom est employé seul, sans adjectif ou autre complément, et
  2. si le nom est déterminé par un article défini.

Si ces deux conditions ne sont pas réunies, autrement dit si le nom est déterminé par un déter­minant indéfini, démonstratif, possessif, et/ou complété par un adjectif, une relative etc. (ces éléments sont indiqués en couleur dans les exemples suivants), on utilise uniquement dans :

Dimanche, nous irons manger dans un excellent restaurant. Je n’avais encore jamais mangé dans ce restaurant. Nos enfants vont dans la même école. Je vais souvent au musée, mais je n’avais encore jamais été dans un musée aussi extraordinaire. Ils ont installé une télévision dans leur nouvelle cuisine. Nous allons généralement dans le cinéma du quartier.

Mais ceci ne concerne pas les noms désignant des manifestations (tapahtumat) ou des fêtes, qui sont à l’inessif en finnois et introduits par à en français ; la préposition à se maintient dans tous les cas :

au concert / à ce concert / à un grand concert au mariage / à un grand mariage / à ce mariage / au mariage de ma sœur à la fête / à cette fête / à une fête / j’ai été à une fête sympathique aux noces d’or / à leurs noces d’or etc.

3.4.3. À l’avenir/dans l’avenir

Cette alternance se trouve aussi dans des constructions spatiales à valeur temporelle comme à l’avenir/dans l’avenir/dans un proche avenir. Les deux formes à l’avenir/dans l’avenir ont un sens légèrement différent. À l’avenir a fréquemment le sens de « dorénavant » (à partir de maintenant), et si on veut éviter cette nuance, on dit dans l’avenir, qui est uniquement temporel et exprime plus un véritable futur :

À l’avenir, vous aurez la possibilité de réserver par Internet. [peut signifier que c’est possible dès maintenant et pour le futur (ou seulement plus tard)] Dans l’avenir, vous aurez la possibilité de réserver par Internet. [signifie de façon univoque qu’il faudra attendre l’avenir pour voir la chose se réaliser.]

3.4.4. Opposition en/dans

Certaines expressions sont formées avec la préposition en, qui entraine le plus souvent un article zéro, mais si on détermine le nom d’une façon quelconque (avec un déter­minant ou par exemple un adjectif), on utilise de nouveau la préposition normale dans :

Le secteur financier est en crise. / Le secteur financier est dans une crise très grave. En français, on utilise généralement des articles. / La place de l’adjectif dans le français du XVIIe siècle. En indonésien, il n’y a pas de temps verbaux ; dans cette langue, le temps est exprimé par divers adverbes.

3.5. Alternance dans/en/à pour un moyen de déplacement
3.5.1. Un usage hésitant

En principe, on devrait utiliser la préposition à devant les noms qui indiquent un moyen de locomotion (un « véhicule » au sens large du terme, kulkuneuvo, kulkutapa) dans lequel on ne peut pas entrer et sur lequel on se place (cheval, vélo), et, inversement, la préposition en si on peut entrer dans le « véhicule ». Théoriquement, on oppose :

à moto, à cheval, à skis, à pied, à bicyclette, à vélo
en bus, en métro, en train, en avion, en bateau etc.

Cette opposition est souvent peu observée, parce que la préposition en est devenue la préposition générique désignant un mode de transport (kulkutapa), plutôt que le « véhicule » (ajoneuvo ) lui-même. On dit couramment en moto, en vélo, en skate, en trottinette, en smartboard, en gyroroue par analogie avec en métro, en bus, en train etc. Comme en finnois polkupyörällä, bussilla, potkulaudalla, metrolla, junalla etc.

Dans les deux cas, on n’utilise pas d’article devant le nom (article zéro). Mais si on utilise un déter­minant devant le nom ou si on complète le nom (avec un adjectif ou un autre complément), ou si le nom désigne plus particulièrement le véhicule, on utilise la préposition dans ou d’autres prépositions, qui dépendent du mode de transport :

Il est venu sur son nouveau vélo. Elle se promenait sur son beau cheval blanc. Dans le métro ce matin, il y avait étonnamment peu de monde.

Dans les phrases suivantes, on utilise une autre préposition que en parce que le complément de phrase désigne l’endroit où s’est produit l’évènement dont on parle, plutôt que le véhicule lui-même ou un moyen de locomotion :

Sur le bateau [= quand j’étais sur le bateau], j’ai rencontré une vieille connaissance que je n’avais pas vue depuis vingt ans. J’ai d’abord oublié mes lunettes de soleil dans le train [= quand j’étais dans le train], puis j’ai oublié mon livre dans l’avion [= quand je suis sorti de l’avion].

3.5.2. En/à pour les animés, par pour les non animés

La préposition en (ou à) introduisant un GN désignant un mode de transport est utilisée normalement avec un sujet animé. Si le sujet est non animé, on utilise par avec article zéro :

Le matériel sera expédié par bateau. Les marchandises voyageront par train. Le courrier est acheminé par avion, puis transporté par bateau vers les iles éloignées.

La phrase Mon grand-père est arrivé par train a une résonance comique et laisse penser que le grand-père a voyagé comme une marchandise. Sur Internet, on trouve cependant de nombreuses occurrences de cet emploi en principe impropre, par exemple Visitez le Canada par train.

On utilise cependant par avec un sujet animé pour indiquer le moyen de transport quand le groupe prépositionnel par + GN est développé par un complément après les verbes rentrer et arriver :

Ils arriveront par le train de 23 h 15. Nous rentrerons par le ferry du matin. Je rentrerai par l’avion du soir.

Plus généralement, on utilise la préposition avec :

Ils arriveront avec le train de 23 h 15. Nous rentrerons avec le ferry du matin. Je rentrerai avec l’avion du soir. On partira avec le bateau qui fait la liaison vers les iles Lofoten.

Remarque. L’usage n’est pas toujours très cohérent chez les franco­phones, et les puristes eux-mêmes se fourvoient parfois quand il s’agit de moyens de locomotion moins connus, notamment les moyens de locomotion très finlandais que sont les skis et la motoneige. On dira donc en principe à skis et à motoneige, car on ne peut pas se mettre à l’intérieur de l’un ni de l’autre (exemples sur Internet : 52 balades à skis dans les Pyrénées Centrales, ou Soyez prudents à motoneige cet hiver). Mais si ces deux noms désignent le mode de transport, dans la langue courante en skis et en motoneige ne paraitraient pas vraiment agrammaticaux. En skis est certes très nettement minoritaire sur Internet par rapport à à skis [vérification rapide en mars 2021, mais sans discrimination des constructions coffre à skis et balade à skis], mais en motoneige est deux fois plus fréquent que à motoneige.

Il y a cependant des limites : on dit par exemple difficilement en cheval (?il est venu en cheval), parce que à cheval forme un groupe figé bien implanté en français qu’on retrouve dans d’autres emplois, être à cheval sur un mur, être à cheval sur les principes etc. Malgré cela, on a trouvé sur Internet (mai 2021) quelques dizaines d’occurrences de venir [temps divers] en cheval.

3.6. Trouver dans et non pas de

Le français n’exprime pas aussi précisément  que le finnois (ou d’autres langues) l’idée de « l’origine », l’endroit « depuis » lequel on prend quelque chose. Alors qu’en finnois il semble naturel d’utiliser le cas elatiivi (-stA) pour indiquer l’endroit « d’où » on sort ou bien « d’où » on prend quelque chose qu’on trouve (löytää jostakin), en français le verbe trouver n’exprime pas un mouvement ou une « direction », mais le résultat d’une recherche. Il ne se construit donc pas avec la préposition de, mais avec dans, sur, à, chez ou d’autres prépositions de sens non direction­nel (comme un inessif en finnois) :

J’ai trouvé ces vieilles photos dans un carton au grenier. [et non : *d’un carton ou *du grenier] J’ai pris les couteaux dans le deuxième tiroir. Otin veitset toisesta laatikosta.  Et non pas : J’ai pris les couteaux du deuxième tiroir = Otin toisen laatikon veitset.]  J’ai trouvé tes lunettes sur la banquette arrière. Löysin silmälasisi takapenkiltä . Et non pas : J’ai trouvé tes lunettes de la banquette arrière = Löysin takapenkin lasit. [mutta etupenkin lasit ovat edelleen hukassa.] Il a retrouvé son portefeuille derrière le canapé. Hän löysi lompakkonsa sohvan takaa. Et non pas : Il a trouvé son portefeuille de derrière le canapé. = Hän löysi sohvantakaisen lompakkonsa.

Cette règle s’applique à de nombreux autres verbes finnois construit avec le cas elatiivi : saada (trouver), ostaa (acheter), katsoa (regarder), varata (réserver) etc. :

Tätä mallia ei saa enää kaupoista, se pitää tilata netistä. On ne trouve plus ce modèle dans les magasins, il faut le commander sur internet. [Et non pas : On ne trouve plus ce modèle *des magasins, il faut le commander *d’internet.] Katsoin ohjelmasta, mutten löytänyt laulajan nimeä. J’ai regardé dans le programme, mais je n’ai pas trouvé le nom du chanteur. [*J’ai regardé du programme : incompréhensible ou agrammatical] Saatte tarvittavat ohjeet neuvonnasta. Vous pourrez avoir les renseignements nécessaires à l’accueil. [*Vous pourrez avoir les renseignements nécessaires de l’accueil : incompréhensible ou agrammatical] Mistä sait sen? est-ce que tu l’as trouvé ? est-ce que tu l’as acheté ? Kuulin sen radiosta. Je l’ai entendu à la radio. Varasin huoneen tutusta hotellista. J’ai réservé une chambre dans notre hôtel habituel.

✎ Attention au sens de à

La préposition à peut exprimer un « mouvement » vers quelqu’un (apporter à, donner à), donc en finnois le cas allatiivi (-lle), mais avec certains verbes elle peut aussi indiquer une « provenance » (prendre à, voler à), qui correspond en finnois au cas ablatiivi (-ltA) ou en anglais à la préposition from. Mais dans les exemples ci-dessous, elle indique un lieu où on fait quelque chose (comme au cinéma, au marché) et non pas un endroit « d’où » on obtient quelque chose :

Elle achète tout à la Samaritaine. Va donc l’acheter à Auchan, ça sera plus rapide.

Voir aussi Prendre à quelqu’un, demander à quelqu’un.

4. Dates, jours, heure

4.1. L’article devant la date et les moments de la journée
4.1.1. Généralités

Pour préciser la date et les périodes de la journée, dans certains cas on utilise une préposition avec ou sans article, dans d’autres cas on utilise un article seul (sans préposition) ; enfin, dans certains cas la préposition peut varier. Le choix de l’article peut changer complètement le sens de l’expression de temps, ce qui peut provoquer des erreurs.

En finnois, un moment de la journée exprimé au cas adessiivi comme illalla, aamulla, peut renvoyer à trois évènements différents, auxquels correspondent en français des formes différentes :

Moments de la journée, comparaison finnois-français
FinnoisFrançais
illalla le soir [désigne un soir quelconque, autre que celui du jour où on parle]
sinä iltana, silloin illalla, sinä päivänä illalla etc.
illalla ce soir [désigne le soir du jour de l’énonciation]
tänä iltana
illalla (iltaisin) le soir ou les soirs [désigne des évènements répétés]
yleensä illalla, iltaisin
4.1.2. Ancrage dans le moment de l’énonciation

Quand on renvoie à un moment de la journée par rapport au moment où on parle (autrement dit quand on est dans l’énonciation de discours), le GN désignant le moment de la journée s’emploie sans préposition et presque systéma­tique­ment avec un déter­minant démonstratif. Si le mercredi 26 novembre on dit les phrases suivantes, on désigne les périodes concernées de la journée du 26 novembre :

Je rentre ce soir. Ce matin, il pleuvait. Cet après-midi, je vais faire les courses.

Il y a là une différence nette avec le finnois, où on emploie la même forme (aamulla, illalla etc.) pour renvoyer à un moment rattaché au présent de l’énonciation et à un moment quelconque détaché du présent du locuteur ou même répété (voir tableau ci-dessus). Les finnophones doivent donc prendre l’habitude de dire :

Mitä teet illalla? → Qu’est-ce que tu fais ce soir ? [et non pas le soir, qui renverrait aux soirs en général, iltaisin] Palaan iltapäivällä. → Je rentre cet après-midi. [idem]

4.1.3. Énonciation de récit

Si on ne renvoie pas à un moment en rapport avec le moment où on parle, mais à un moment quelconque dans le passé (énonciation de récit) ou l’avenir, le groupe nominal indiquant le moment ou la date est précédé de l’article défini (mais toujours sans préposition) :

aamulla le matin aamuun asti jusqu’au matin aikaisin aamulla tôt le matin aikaisin aamuun asti jusque tôt le matin päivällä à midi keskipäivään asti jusqu’à midi 

iltapäivällä l’après-midi iltapäivään asti jusque dans l’après-midi aikaisin iltapäivällä tôt dans l’après-midi aikaisin iltapäivään asti jusque tôt dans l’après-midi myöhään iltapäivällä tard dans l’après-midi myöhään iltaapäivään asti jusque tard dans l’après-midi

illalla le soir iltaan asti jusqu’au soir aikaisin illalla tôt le soir aikaisin iltaan asti jusque tôt le soir, jusque tôt dans la soirée myöhään illalla tard le soir myöhään iltaan asti jusque tard le soir

yöllä la nuit yöhön asti jusqu’à la nuit myöhään yöllä tard la nuit myöhään yöhön jusque tard dans la nuit

4.1.4. Moments répétés

Quand on indique qu’un évènement se produit régulièrement à tel ou tel moment de la journée (suffixe -sin en finnois, iltaisin etc.), on utilise l’article défini singulier ou pluriel, sans préposition, exactement comme dans le cas ci-dessus :

aamuisin le matin, iltaisin le soir Avoinna iltapäivisin ja tarvittaessa. Ouvert l’après-midi et sur demande. Konsulinvirasto on avoinna aamupäivisin. Le consulat est ouvert le matin.

On peut également employer le pluriel, mais le singulier est nettement plus fréquent :

Ils passaient les nuits à jouer aux cartes, et les matins ils sortaient courir dans les forêts.

En finnois, la même idée peut aussi être exprimée par l’adessiivi, avec une nuance de répétition moins marquée :

Illalla / Iltaisin hän menee nukkumaan aikaisin. Le soir, il se couche tôt. Kauppa on auki vain aamulla / aamuisin. Le magasin n’est ouvert que le matin.

4.2. Préposition et article devant les jours de la semaine

En finnois, quand on indique que quelque chose s’est produit tel ou tel jour de la semaine, le jour de la semaine est toujours au cas essiivi (maanantaina, torstaina etc.). En français, dans ce cas, les jours de la semaine ne sont pas précédés d’une préposition (par est possible, voir ci-dessous)  ; de plus, la présence ou l’absence de l’article et/ou la forme de l’article modifient le sens.

4.2.1. Énoncé dans le moment de l’énonciation

Quand on renvoie à un jour de la semaine par rapport au moment où on parle (donc quand on est dans l’énonciation de discours), le jour de la semaine s’emploie seul, sans préposition et sans article. Si on est le mercredi 5 aout et on dit :

Michel est arrivé lundi. Il repart samedi.

le mot lundi désigne le lundi 3 aout et le mot samedi, le samedi 8 aout. De même avec les adjectifs dernier et prochain :

Michel est arrivé lundi dernier. Il repart samedi prochain. Elle est rentrée hier, mais elle repart déjà dimanche. Louise est passée mardi, et elle repassera après-demain. Nos amis sont arrivés lundi dernier et ils repartiront mardi prochain.

En général, quand on dit il est arrivé lundi, on renvoie implicitement au lundi qui a précédé le moment de l’énonciation. Tandis que si on dit lundi dernier, on renvoie normalement au lundi de la semaine précédente (dans cet exemple, le 27 juillet). Cela concerne aussi prochain : il repart samedi/il repart samedi prochain. C’est la même chose en finnois : Hän tuli maanantaina / Hän tuli viime maanantaina. En français comme en finnois, la référence peut être plus ou moins évidente en fonction du contexte, et il peut parfois être nécessaire de préciser : lundi de la semaine dernière, le samedi qui vient (finnois nyt tulevana lauantaina) etc.

4.2.2. Énonciation de récit

Si on ne renvoie pas à un jour en rapport avec le moment où on parle, mais à un jour quelconque dans le passé ou l’avenir (énonciation de récit), le jour est précédé de l’article défini (mais toujours sans préposition) :

Vieraamme saapui maanantaina ja lähti lauantaina. Me viivyttiin vielä kaksi viikkoa mökillä. Notre visiteur est arrivé le lundi et il est reparti le samedi. Nous, on est restés encore deux semaines au chalet.  Nos invités arrivèrent le vendredi ou samedi au soir, je ne me souviens plus.

On utilise aussi l’article défini si le jour est suivi de l’adjectif précédent (ou d’avant) ou suivant (ou d’après) :

Nos amis arrivèrent le lundi précédent et ils repartirent le mardi suivant. Michel était arrivé le lundi d’avant et il est reparti le samedi d’après. Elle était rentrée la veille, mais elle repartait déjà le dimanche suivant. Inès était passée le mardi, et elle repasserait le surlendemain.

La distinction entre lundi/le lundi est source d’erreurs fréquentes chez tous les apprenants de français langue étrangère, qu’ils soient finnophones ou autres. Pourtant, l’article n’ajoute pas ici une simple « nuance » : il joue un rôle important dans le sens et la grammaticalité des énoncés. Une phrase comme Michel repartira *le lundi prochain  est sentie comme nettement agrammaticale en français. Le tableau suivant résume les différences (sur la différence entre dernier/précédent, prochain/ suivant, hier/la veille, demain/ le lendemain etc. voir liste des déictiques) :

Comparaison discours/récit
Énonciation de discours
Hän saapui toissapäivänä.
Il est arrivé avant-hier.
Tänään on torstai.
Aujourd’hui on est jeudi.
Hän lähtee ylihuomenna.
Il repart après-demain.
Hän saapui tiistaina.
Il est arrivé mardi.
Hän soittaa tänään.
Il téléphone aujourd’hui.
Hän lähtee lauantaina.
Il repart samedi.
Énonciation de récit
Hän saapui tiistaina.
Il arriva le mardi.
Sinä päivänä oli torstai.
Ce jour-là on était jeudi.
Hän lähti lauantaina.
Il repartit le samedi.
Hän saapui tiistaina.
Il arriva le mardi.
Hän soitti torstaina.
Il téléphona le jeudi.
Hän lähti lauantaina.
Il repartit le samedi.
4.2.3. Le weekend

Le mot weekend est une exception, car quand il désigne une date, il s’utilise toujours avec un article, contrairement aux noms lundi, mardi etc.. Il peut désigner, en fonction du contexte, le weekend passé ou à venir, un weekend répété, ou un weekend quelconque dans l’énonciation de récit. Comparer :

Lauantain käytiin pilkkimässä. Samedi, on est allés pêcher sur la glace.
Viikonloppuna kävimme pilkkimässä. Le weekend, on est allés pêcher sur la glace.

Lauantaina he lähtevät kuukaudeksi Ranskaan. Samedi, ils partiront pour un mois en France.
Viikonloppuna he lähtevät kuukaudeksi Ranskaan. Le weekend, ils partiront pour un mois en France.

Arkipäivinä hän on töissä pääkaupunkiseudulla, lauantaisin kotona Lillessä. En semaine, elle travaille en région parisienne, le samedi elle rentre chez elle.
Arkipäivinä hän on töissä pääkaupunkiseudulla, viikonloppuisin kotona Lillessä. Le weekend, elle travaille en région parisienne, le samedi elle rentre chez elle.

Viime viikonloppuna hän palasi Pariisiin. Le weekend dernier, il est retourné à Paris.
Edellisenä maanantaina hän palasi Pariisiin. Le weekend précédent, il était retourné à Paris.

Rem. Mais on peut dire en weekend (sans article) : partir en weekend lähteä viikoloppulomalle, être en weekend chez des amis olla viikoloppulomalla ystävien luona etc.

4.2.4. Dates répétées régulièrement

Quand on indique qu’un évènement se produit régulièrement tel ou tel jour (finnois -sin comme dans tiistaisin), on utilise l’article défini singulier ou pluriel, sans préposition, le lundi, le jeudi, le weekend… :

En France, il y a un grand débat récurrent sur l’ouverture des magasins le dimanche. Les musées sont en général fermés le mardi. Terrasse accueillante ouverte l’après-midi et le soir. Miellyttävä terassi avoinna iltapäivisin ja iltaisin La Ferme de Cocherel. Gastronomie française. Fermé le mardi et le mercredi [publicité de restaurant]. Jusqu’au 24 septembre, plus de 20 musées et palais du Portugal sont ouverts au public les jeudis jusqu’à minuit. Cette route est très encombrée le weekend.

Il n’y a aucune différence de sens entre le singulier et le pluriel, mais le singulier semble être nettement plus fréquent dans l’usage courant (dans le débat sur l’ouverture des magasins le dimanche qui resurgit régulièrement dans l’actualité en France, c’est la forme au singulier le dimanche qui est pratiquement la seule utilisée).

Mais si on ajoute un pluriel comme …et les jours fériés, c’est la forme ouverture des magasins les dimanches et les jours fériés qui prédomine. Le pluriel se trouve souvent sur des affiches ou écriteaux divers à l’entrée d’édifices publics, mais ce n’est pas une règle absolue, l’usage est flottant.

On peut utiliser le pluriel quand on met en commun plusieurs jours (a), ou quand on restreint (rajataan) la catégorie à une période définie (le singulier a donc une valeur généralisante plus forte), exemple (b) :

(a) Le restaurant est fermé les dimanches soirs, lundis soirs et les mardis toute la journée. (b) La piscine sera fermée les lundis de juillet. [Juillet comptant au moins quatre lundis, on ne peut pas utiliser le singulier ici.]

4.2.5. Avec article indéfini

Le jour de la semaine peut aussi être précédé d’un article indéfini. Celui-ci signifie qu’on précise ou définit le « nom » du jour en question :

Il est né un vendredi. La catastrophe s’est produite un mardi. Nous avons emménagé un samedi. Cette année-là, la Toussaint était un jeudi, on pouvait donc faire le pont. On rentrera un samedi, donc il risque d’y avoir beaucoup de circulation, mais au moins il n’y aura pas de poids lourds sur l’autoroute.

L’article indéfini s’utilise aussi quand on caractérise le jour par un adjectif ou une construction analogue. Dans ce cas-là, le GN est assez souvent précédé de la préposition par :

Par un beau dimanche du mois de mai, la nouvelle tant attendue arriva enfin. Il mourut un lundi d’automne… Une pluie lourde battait la campagne. Rien de tel par un dimanche pluvieux que de rester bien au chaud à la maison. Par un jeudi matin ensoleillé (ou pas, mais peu importe, les jeudis matins sont toujours ensoleillés), nous avons été accueillis, nous, les mamans, et nos petits poussins, par notre Sophie. Par un dimanche calme, on est allés visiter le musée Gandhi.

4.3. L’expression de l’heure en français
4.3.1. Règle générale

Dans la langue courante, on utilise les formes suivantes (ci-dessous, les heures sont données avec toutes les combinaisons possibles de 2 h à 3 h) :

Il est deux heures / Il arrive à deux heures.
Il est deux heures cinq. / Il arrive à deux heures cinq.
Il est deux heures dix. / Il arrive à deux heures dix.
Il est deux heures treize. / Il arrive à deux heures treize.
Il est deux heures et quart. / Il arrive à deux heures et quart.
Il est deux heures vingt. / Il arrive à deux heures vingt.
Il est deux heures vingt-cinq. / Il arrive à deux heures vingt-cinq.
Il est deux heures et demie. / Il arrive à deux heures et demie.
Il est trois heures moins vingt-cinq. / Il arrive à trois heures moins vingt-cinq.
Il est trois heures moins vingt. / Il arrive à trois heures moins vingt.
Il est deux heures quarante-deux. / Il arrive à deux heures quarante-deux.
Il est trois heures moins le quart. / Il arrive à trois heures moins le quart.
Il est trois heures moins onze. / Il arrive à trois heures moins onze.
Il est trois heures moins dix. / Il arrive à trois heures moins dix.
Il est trois heures moins cinq. / Il arrive à trois heures moins cinq.

Comme en finnois, dans le français parlé on peut souvent omettre le chiffre de l’heure quand on indique l’heure à laquelle quelque chose se produit :

Le prochain train part à dix. Seuraava juna lähtee kymmenen yli. Le bus part à moins cinq. Bussi lähtee viittä vaille. J’arrive à moins le quart. Tulen varttia vaille. Le film dure jusqu’à moins vingt. Elokuva loppuu kaksikymmentä vaille.

Avec le quart et la demie, il faut cependant utiliser l’article défini :

On a rendez-vous au quart. Meillä on tapaaminen varttia yli. Je passe te prendre à la demie. Käyn hakemassa sinut puolelta.

Cependant, en Belgique on dit couramment sans article : il arrive à quart (hän tulee varttia yli, français standard : au quart).

Comme en finnois également, dans le français parlé on remplace les heures de 13 h à 23 h par les heures du matin (1 h à 11 h) et au besoin on précise le moment de la journée :

  9 h 00 « neuf heures [du matin] » 13 h 00 « une heure [de l’après-midi] » —  2 h 00« deux heures [du matin] » 12 h 00 « midi » 24 h 00 « minuit »

4.3.2. Formes courantes et formes « officielles »
Dans la version officielle, la mention « minutes » est facultative.
forme couranteforme officielle
Klo on 5.05.Il est cinq heures cinq.Il est cinq heures cinq [minutes].
Klo on 19.30.Il est sept heures et demie.Il est dix-neuf heures trente [minutes].
Klo on 13.15.Il est une heure et quart.Il est treize heures quinze [minutes].
Klo on 9.25.Il est neuf heures vingt-cinq.Il est neuf heures vingt-cinq [minutes].
Klo on 12.00.Il est midi.Il est midi (plus rare « Il est douze heures »).
Klo on 12.05.Il est midi cinq.Il est douze heures cinq [minutes].
Klo on 11.40.Il est midi moins vingt.Il est onze heures quarante [minutes].
Klo on 13.22.Il est une heure vingt-deux.Il est treize heures vingt-deux [minutes].
Klo on 15.35.Il est quatre heures moins vingt-cinq.Il est quinze heures trente-cinq [minutes].
Klo on 23.35.Il est minuit moins vingt-cinqIl est vingt-trois heures trente-cinq [minutes].
klo on 23.55.Il est minuit moins cinq.Il est vingt-trois heures quarante-cinq [minutes].
klo on 0.05.il est minuit cinq.Il est zéro heure cinq.
klo on 00.15.Il est minuit et quart. Il est minuit quinze ou
Il est zéro heure quinze [minutes].

Rem. En Belgique, on dit aussi une heure quart, sept heures quart etc. sans le mot et.

4.3.3. Heures après midi

Quand on exprime les heures après midi entre 12 h et 0 h en chiffres entiers (douze heures, seize heures, vingt-deux heures, zéro heure etc.), pour indiquer les minutes on ne peut utiliser que des chiffres précis (de 1 à 59) et pas les formes et quart ni et demie, ni toutes les indications avec moins (moins vingt-cinq, moins vingt, moins le quart etc.) :

Klo on 12.15. Il est douze heures quinze ou midi et quart. [et non : *il est douze heures et quart.] Klo on 15.30. Il est quinze heures trente ou trois heures et demie. [et non : *quinze heures et demie] Klo on 13.45. Il est treize heures quarante-cinq ou deux heures moins le quart. [et non : *quatorze heures moins le quart] Klo on 14.50. Il est quatorze heures cinquante ou il est trois heures moins dix. [et non : *il est quinze heures moins dix]

En finnois, habituellement on ne dit pas non plus kello on vartti yli kaksikymmentä ou kello on viittä vaille kuusitoista, mais ces formes hybrides sont assez souvent employées, tandis qu’en français elles ne s’utilisent pas.

4.3.4. Pile et passé

Pour indiquer que l’heure est exactement pleine, on utilise dans la langue courante l’adjectif précis et dans le français parlé le nom pile utilisé comme adverbe :

Le bateau est arrivé à 13h précises. Laiva saapui tasan klo 13. La représentation commence à 20h précises. Esitys alkaa tasan klo 20. On est rentrés à midi pile. Tultiin kotiin tasan kahdeltatoista. Le train est parti à 3h pile. Juna lähti tasan kolmelta.

Pour indiquer que l’heure pleine est déjà passée, on utilise le participe passé(e) (dans le code écrit et le français parlé) :

Il est minuit passé. Kello on yli keskiyön. Ils sont rentrés à minuit passé. Il est midi passé. Kello on yli 12. Elle est arrivée à midi passé. Il est 1 h [une heure] passée. Kello on yli yhden. On a pris l’apéritif à 1h passée. Il est 5 h [cinq heures] passées. Kello on yli viiden. Je n’ai pu me libérer qu’après 5h passées.

4.4. Préposition et article devant les noms de fêtes

Les noms de fêtes civiles ou religieuses employées comme complément de temps ont un comportement variable et sont souvent source d’incertitudes (et d’erreurs) chez les apprenants de français langue étrangère. Le comportement de ces constructions est assez imprévisible et déroutant pour eux : tantôt on utilise une préposition et un article, tantôt un article seul non précédé d’une préposition, tantôt la préposition seule non suivie d’un article.

Ce sont des expressions qui s’utilisent dans la langue courante, et tout au long de l’année, en particulier en Finlande, où Noël, Pâques, le 1er Mai (Vappu) et la Saint-Jean (Juhannus) sont aussi des repères météorologiques importants dans le calendrier des saisons, et donc sujet de conversation. Il vaut la peine de mémoriser certaines règles de base. En principe, la règle est la suivante :

Voir aussi Quel article devant Noël et Pâques ?

Le tableau suivant donne des exemples de toutes les fêtes, avec aussi les fêtes finlandaises non fêtées en France et vice-versa.

Liste des prépositions utilisées devant les noms de fêtes
FêtePrép.exemples
jour de l’An-le jour de l’An uudenvuodenpäivänä
Ils se sont mariés le jour de l’An.
après le jour de l’An
Épiphanie
Loppiainen
àà l’Épiphanie
le lendemain de l’Épiphanie, avant l’Épiphanie
L’Épiphanie est fériée en Finlande, mais pas en France.
Vendredi Saint-le Vendredi Saint pitkäperjantaina
On partira le Vendredi Saint pour la Laponie.
Pâquesàà Pâques
Ils partent en vacances à Pâques.
après Pâques
lundi de Pâques-le lundi de Pâques
Nous sommes rentrés de Marseille le lundi de Pâques.
1er mai-Le 1er mai, les gens s’offrent du muguet.
avant le 1er mai
le weekend du 1er mai
AscensionàOn ira passer quelques jours dans les Alpes à l’Ascension.
le weekend après l’Ascension
Pentecôteàà la Pentecôte
avant la Pentecôte
lundi de Pentecôte-La circulation est très dense le lundi de Pentecôte en raison des retours de weekend.
fêtes des Mères
fête des Pères
àà la fête des Mères, le jour de la fête des Mères
À la fête des Mères, nous sommes allés manger dans un restaurant gastronomique.
À la fête des Pères, en Finlande, on voit déjà Noël approcher.
Saint-JeanàÀ la Saint-Jean, la plupart des Finlandais passent le weekend à leur chalet au bord d’un lac.
avant la Saint-Jean
14 juillet-Le 14 juillet, on tire des feux d’artifice et on organise des bals populaires.
15 aout-Le 15 aout, il peut faire très chaud.
jusqu’au 15 aout
Cette année, je pourrai prendre des vacances seulement le 15 aout.
Assomption
(= 15 aout)
àÀ l’Assomption
À l’Assomption [= le 15 aout], les gens font souvent le pont.
ToussaintàÀ la Toussaint, les gens vont fleurir les tombes.
À la Toussaint, il fait souvent gris.
Quand la Toussaint tombe un jeudi, on peut faire le pont.
11 Novembre-Le 11 novembre, il y a dans chaque commune des commémorations au monument aux morts.
6 décembre-Le 6 décembre, il y a une grande réception au palais présidentiel à Helsinki.
Les bonnes années, le 6 décembre on peut faire le pont.
NoëlàCette année à Noël, il y avait peu de neige.
J’ai eu beaucoup de cadeaux à Noël.
Saint-ÉtienneàEn Finlande, à la Saint-Étienne, on faisait traditionnellement des promenades en traineau.
La Saint-Étienne est fériée en Alsace et en Moselle, ailleurs en France, non.
Saint-SylvestreàEn France, à la Saint-Sylvestre, les amis réveillonnent ensemble.
En Finlande, à la Saint-Sylvestre, on tire partout des feux d’artifice.
4.5. Dire, demander et formuler la date

Pour dire ou demander la date, le jour, l’année, on utilise dans le code écrit le verbe nous sommes suivi du complément de temps sans préposition :

Quelle est la date aujourd’hui ? – Nous sommes aujourd’hui le jeudi 5 janvier 2023. Quel jour sommes-nous ? – Nous sommes aujourd’hui samedi. Le combien sommes-nous ? – Nous sommes aujourd’hui le treize. Quel mois sommes-nous ? – Nous sommes en mai. L’an prochain, nous serons déjà en 2024. Le combien serons-nous demain ? –Demain, nous serons le 14. Quel jour serons-nous demain ? – Demain, nous serons un dimanche.

Dans la langue courante, on utilise on est, ou d’autres constructions différentes :

Quelle est la date aujourd’hui ? – On est aujourd’hui le jeudi 5 janvier 2023. Quel jour on est / On est quel jour ? – On est (aujourd’hui) samedi. / Aujourd’hui c’est un samedi.  On est le combien ? – On est le 13. — Qu’est-ce qu’on sera comme jour demain ? – Demain, on sera dimanche. Quel mois on est ? – On est en mai. L’an prochain, on sera déjà en 2024. Le combien on sera demain ? –Demain on sera le 14. Quel jour on sera demain ? – Demain, on sera un dimanche / Demain c’est dimanche.

Pour formuler la date au début d’une lettre ou d’un document, on indique la date en écrivant le nom du jour et en plaçant l’article défini avant la date (le quantième du mois) :

Dimanche, le 22 novembre 2026 Mercredi, le 1er [prononcé « premier »] janvier 2025 Mercredi, le 17 aout 2022

Dans les autres cas, l’article se place avant le nom du jour.

La Finlande est devenue indépendante le jeudi 6 décembre 1917. [et non *jeudi, le 6 décembre]. Le nouveau Président de la République prendra ses fonctions le mercredi 17 mai. [et non *mercredi, le 17 mai]. Les otages sont prisonniers depuis le mardi 14 avril.  L’exposition durera du mercredi 7 juin au jeudi 13 juillet. Louis XIII venant de Montfort l’Amaury était arrivé à Mantes le samedi 5 octobre 1619 et en était reparti le lundi 7 octobre.

Remarque : de nombreux franco­phones eux-mêmes commettent des erreurs à ce sujet et on rencontre à l’écrit des formes telles que *Il arrivera mercredi, le 13 (forme attendue : le mercredi 13). À l’oral, cette forme est normale (ce sont deux dates en apposition), mais elle est à éviter à l’écrit.

4.6. Mois, saisons, années etc.
4.6.1. Saisons

La préposition est variable. Si on emploie le nom de saison sans aucun complément ou déter­minant, on utilise à pour le printemps, en pour les autres (cette irrégularité provoque de nombreuses erreurs) :

au printemps keväällä  en été kesällä en automne syksyllä en hiver talvella

Si on complète le nom d’une manière quelconque, la préposition varie :

printemps : Il est venu au/le printemps dernier.  Il viendra le printemps prochain.  Il viendra au printemps de l’an prochain.  Il est venu au printemps 2015.

été : Il est venu l’été dernier.  Il viendra l’été prochain.  Il viendra l’été de l’an prochain.  Elle repartira durant l’été 2023 / elle repartira en 2023 en été. [ou, moins fréquent et nettement moins bon : en été 2023]

automne : Il est venu l’automne dernier. Il viendra l’automne prochain.  Il viendra l’automne de l’an prochain. Le bail expirera à l’automne 2028.

hiver : Il est venu l’hiver dernier. Il viendra l’hiver prochain. Il viendra l’hiver de l’an prochain. La maison a été vendue pendant l’hiver 2017 ou durant l’hiver 2017 [ou, moins fréquent et moins bon : en hiver 2007]

4.6.2. Mois et parties du mois

Devant les noms de mois, on utilise normalement en ou au mois de :

en mai, en juillet, en janvier au mois de mai, au mois de juillet, au mois de janvier en février 1956, en aout 1914

Pour indiquer le milieu du mois avec le mot milieu ou mi, on utilise la préposition à. Dans la langue courante, il est fréquent d’omettre la préposition :

au milieu du mois de juillet jusqu’au milieu du mois de décembre Il rentrera mi-juin ou à la mi-juin. Nous partons à la mi-juillet ou nous partons mi-juillet. après la mi-juillet ou après mi-juillet jusqu’à la mi-décembre ou jusqu’à mi-décembre

Pour le début et la fin du mois, on utilise la forme au début de ou à la fin de :

au début du mois d’octobre / au début d’octobre à la fin du mois de septembre à partir de la fin du mois de janvier vers la fin du mois de mai

Dans la langue courante, on peut utiliser les mots début et fin comme des prépositions. Dans ce cas, on n’utilise pas d’article :

Il est parti fin juin. Ça recommencera fin octobre. jusqu’à fin avril ce sera fini début octobre. à partir de début février

On peut ainsi dire indifféremment avec un article défini (a) ou sans article (b) :

(a) à partir du début de février
(b) à partir de début février [langue courante]

Attention cependant à ne pas mélanger les deux formes : à partir *du début février est impropre. Dans la langue courante, on peut aussi très bien utiliser la forme complète au début de et à la fin de (et en cas de doute, il vaut mieux utiliser celles-ci). 

4.6.3. Années, siècles etc.

Devant les années (les millésimes), on n’utilise pas d’article et on emploie la préposition en :

Ce roi est mort en 1206. Le modèle sortira en 2024. Ils comptent rester en poste jusqu’en 2026. de 2012 à 2021

✋ Contrairement au finnois, où on peut employer le millésime seul (sans le mot vuonna ou l’abréviation v.), en français la préposition en est obligatoire :

Syntynyt 1990 = Né en 1990 [et non pas : *Né 1990]. Kansannousu alkoi 2021. L’insurrection a commencé en 2021.

Devant les décennies, on utilise la préposition dans (ou d’autres prépositions, selon le sens) :

dans les années 1970 dans les années 1830 au début des années 1980 jusqu’à la fin des années 2010

Dans la langue courante, on peut utiliser une forme abrégée, comme en finnois, essentielle­ment pour désigner les décennies des années 1900 à 1990 :

dans les années 70 au début des années 80 

Cette forme abrégée est cependant très légèrement familière et ne s’emploie normalement pas dans le style écrit soigné.

Devant les millénaires et les siècles, on utilise la préposition à :

au XIXe [dix-neuvième] siècle au Ier [premier] siècle au XXIe [vingt-et-unième] siècle au troisième millénaire au premier millénaire avant notre ère du XVIIe au XIXe siècle

Ne pas oublier qu’en français (comme en anglais, allemand etc.) les siècles sont comptés de façon ordinale et qu’il faut donc ajouter une unité au chiffre des centaines du finnois :

1600-luvulla = au XVIIe [dix-septième] siècle 500-luvulla = au VIe [sixième] siècle 700-luvulla eaa. = au VIIIe [huitième] siècle avant notre ère

5. Noms géographiques et similaires

Le choix de la préposition utilisée devant un nom géographique dépend du genre du nom et du référent du nom (ville, pays etc.). Les exceptions ne sont pas très nombreuses, et on peut donner quelques indications générales.

5.1. Pays et régions

La préposition dépend du genre et de l’initiale du nom :

noms de pays et de régions féminins en en Italie, en Islande, en Allemagne, en Finlande, en Alsace, en Flandre, en Bavière, en Sicile
noms de pays et de régions masculins singuliers avec voyelle initiale en en Iran, en Anjou, en Afghanistan, en Israël
noms de pays masculins singuliers avec consonne et tous les noms masculins pluriels à au Danemark, aux États-Unis, aux Pays-Bas, au Pérou, au Groenland
noms de régions masculins dans dans le Beaujolais, dans le Périgord, dans le Limousin
noms de départements français dans dans le Bas-Rhin, dans la Lozère, dans les Pyrénées-orientales, dans la Manche
5.2. Formations naturelles diverses
iles à à la Guadeloupe, à Cuba, à Majorque, à Tahiti, aux Seychelles, aux Kerguelen, aux Lofoten, à Porto Rico
chaines de montagnes dans dans les Alpes, dans l’Himalaya, dans le Jura, dans les Rocheuses
montagnes sur sur le Mont Blanc, sur l’Etna, sur le Kilimandjaro, sur le Niragongo, sur l’Everest
mers, océans, baies, détroits etc. dans dans l’Atlantique, dans la mer Rouge, dans le golfe de Finlande, dans la baie de Naples, dans le détroit de Gibraltar, dans le détroit d’Ormuz
cours d’eau et lacs (en parlant de navigation et de la situation géographique des villes)* sur une croisière sur le Nil, des péniches sur le canal, des voiliers sur le Léman Strasbourg est sur le Rhin. Nijniï-Novgorod se trouve sur la Volga. Nous avons fait une promenade en péniche sur le canal du Midi. Le monastère de Valamo se trouve sur une ile sur le lac Ladoga. Nous passerons l’été à faire de la voile sur le Léman.

*Mais on utilise dans pour indiquer qu’on se trouve dans l’eau : Ils se baignaient dans le canal. J’aime bien nager dans le lac. Un touriste est tombé du pont de l’Alma dans la Seine. On trouve des lavarets dans le lac du Bourget.

5.3. Villes, quartiers, adresses

– villes : à. La préposition se contracte avec les articles le/les :

à Bruxelles, à Paris, à Helsinki, à Cologne, à Londres, au Havre, au Cap, au Caire, à La Rochelle

– arrondissements, noms de quartiers de genre masculin dans ; noms de quartiers de genre féminin à :

dans le huitième (arrondissement), dans le Marais, dans le XVIe, à la Courneuve, à la Bastille

– noms et numéros de rue, adresses : devant le nom de la rue, on n’utilise en général aucune préposition ni article quand on indique une adresse (j’habite rue Victor Hugo). On peut cependant utiliser la préposition dans (j’habite dans la rue Victor Hugo), mais la forme sans article est plus fréquente. Si le nom est précédé d’un déter­minant ou complété d’une façon quelconque, on utilise toujours dans. Le numéro de la maison est indiqué par la préposition à ou peut être omis :

Il habite rue de la Liberté. [on donne une adresse] Il habite dans la rue de la Liberté. [on indique simplement l’endroit] Il habite 5, rue de la Liberté. [on donne une adresse] Il habite au numéro 5 de la rue de la Liberté. Il habite dans la rue de la Liberté depuis plus de dix ans. Il habite dans une rue très calme.

5.4. Œuvres, paragraphes, pages

Les œuvres écrites ou ouvrages artistiques comportent diverses parties. Les groupes nominaux qui les désignent peuvent être introduits par des prépositions variées, qui constituent une sorte de géographie, dont la connaissance n’est pas simplement anecdotique : apprenants, étudiants et enseignants allophones de français (comme d’autres langues, évidemment) sont couramment confrontés au problème du choix de la préposition, par exemple dans le contexte de la classe et dans l’expression écrite.

5.4.1. Œuvres, parties d’ouvrages

Devant les noms désignant une œuvre ou une partie d’œuvre, on utilise pratiquement toujours la préposition dans :

dans ce film, dans cette symphonie, dans sa thèse, dans ce roman dans la préface, dans l’allegro, dans l’introduction, dans le finale dans un article, dans la partie II, dans le tome IV, dans le volume I dans la conclusion, dans la bibliographie, dans l’annexe, dans l’index, dans le corpus dans les références bibliographiques, dans le générique, dans les notes

Remarque : il y a une différence entre la forme dans les notes et en note :

en note alaviitteenä, alaviitteen muodossa ~ dans les notes alaviitteissä

Cependant, à cause de la proximité de sens (en note signifie implicitement dans les notes), on mélange assez fréquemment les deux formes et on utilise la forme en note de façon générique (a). La construction dans les notes désigne plutôt l’ensemble des notes (b) :

(a) Les références précises de ce passage sont données en note.
(b) Nous avons trouvé beaucoup d’imprécisions dans les notes.

5.4.2. Paragraphe et alinéa

Les mots paragraphe et alinéa (uusi kappale, momentti) font exception. On utilise la préposition à pour indiquer la situation d’un point dans le texte (à quel endroit se trouve quelque chose) :

au paragraphe suivant, au paragraphe 1.2, au paragraphe précédent à l’alinéa suivant, à l’alinéa précédent, à l’alinéa 2c. Nous examinerons le problème de la saillance au paragraphe suivant.

Mais si on veut insister sur le fait que quelque chose se trouve à l’intérieur d’un paragraphe, on utilise dans, notamment quand on désigne le paragraphe où on se trouve. De même, on utilise dans si on détermine le mot paragraphe avec un adjectif (autre que suivant ou précédent) ou une autre construction :

dans ce paragraphe, plus loin dans le même paragraphe dans cet alinéa, dans un long paragraphe, dans un paragraphe qui sert de transition le terme analysé dans le paragraphe précédent [désigne le contenu du paragraphe, plus que la situation]

5.4.3. Pages

Pour renvoyer à une page, on utilise plusieurs types de constructions, là où le finnois n’utilise que le cas adessiivi (sivulla) :

– le plus simple et le plus fréquent est la forme sans préposition :

La phrase se trouve page 6. Ouvrez votre livre page 154. La citation continue page 200. L’annexe se trouve page 121.

– dans les exemples précédents, on peut aussi utiliser la préposition à ; la préposition est nécessaire si on utilise un adjectif :

La phrase se trouve à la page 6. Ouvrez votre livre à la page 154. La citation continue à la page 200. L’annexe se trouve à la page 121. Nous renvoyons au tableau qui figure à la page précédente. Le texte continue à la page suivante.

Dans la langue courante, on dit aussi simplement page suivante ou page précédente, sans article. Cependant, dans le code écrit soigné, on utilise la construction avec à et article.

– on utilise aussi la préposition en pour désigner certaines pages qui désignent des éléments organiques traditionnels d’un ouvrage :

en première page en page de garde en page 2 de la couverture en dernière page

On dit aussi, mais un peu moins fréquemment :

Le tableau se trouve en page 244. Plutôt : Le tableau se trouve page 244 (ou : à la page 244).

– si on parle de la page comme surface de présentation, on utilise sur :

Sur cette page, il y a de nombreuses illustrations. Les notes s’étendaient sur toute la page 23.

26. Les prépositions. Mise à jour 20.12.2022