Grammaire du français
pour finnophones

39. Les indices de personne verbale il et ÇA

1. Formes

2. Utilisation de l’indice de personne verbale

3. Suppression dans le français parlé

4. Comparaison avec d’autres langues

  Index alphabétique

1. Formes

1.1. Une marque grammaticale

En français, si le verbe n’a pas un sujet comme un groupe nominal ou un élément similaire (pronom, verbe, proposition etc.), il faut utiliser un pronom devant le verbe pour indiquer la personne grammaticale (persoona) du verbe, sauf à l’impératif. C’est le cas d’autres langues aussi (par exemple anglais, allemand, langues scandinaves), mais dans de nombreuses langues la personne verbale est exprimée par la forme du verbe et l’utilisation d’un pronom n’est pas obligatoire (par exemple en italien et en espagnol). En finnois, aux personnes 1,2,4,5, le pronom personnel minä sinä me te n’est pas obligatoire, mais à la personne 3/6, on utilise normalement un pronom, hän/he/se/ne.

Cependant, il y a des cas en finnois où on n’utilise pas de pronom sujet à la personne 3 :

On yllättävää, että kauppatieteiden opiskelijat ja alasta kiinnostuneet eivät sijoita. Häntä kiusasi ja ärsytti, että oli maailma, josta hän ei pysty kirjoittamaan.

En français, dans ces cas-là, même s’il n’y a pas d’actant identifiable, un pronom est nécessaire pour indiquer que le verbe se conjugue à la personne 3. En effet, de nombreuses formes verbales se prononcent de la même manière ; par exemple la forme /aʁiv/ du verbe arriver peut avoir de nombreux sujets différents : j’, tu, il, elle, ils, elles, on, ça.

Il faut donc indiquer la personne grammaticale avec un mot qui sert en quelque sorte à conjuguer le verbe. Ces mots peuvent être il (invariable) ou des formes de ça (ça, cela, ce, c’, ç’).

Dans la terminologie traditionnelle, on les définit généralement comme des « pronoms sujet apparent », mais ce ne sont pas de vrais pronoms (ils n’ont aucun antécédent), et ils ne sont pas seulement « apparents » : ils sont formellement et grammaticalement le sujet qui sert à indiquer la personne 3. Pour cette raison, on les appelle dans cette grammaire « indices de personne verbale ». Le verbe utilisé avec un indice de personne verbale est au singulier (puisque cet indice représente la personne verbale 3) :

Il reste de nombreux problèmes. Il tombait de gros flocons. Ça ne m’étonne pas qu’il n’ait pas encore répondu.

Dans le français parlé, il arrive qu’on n’exprime pas l’indice de personne verbale, voir ci-dessous.

Remarque. Dans la version antérieure de cette grammaire, ces mots étaient définis comme des pronoms conjugateurs. On utilise dorénavant dans tous les chapitres le terme plus générique « indice de personne verbale ».

1.2. Résumé des formes

L’indice de personne verbale utilisé devant le verbe quand le sujet du verbe est postposé peut être il, ça ce (ou c’/ç’ devant voyelle), cela. L’indice de personne verbale utilisé devant les verbes impersonnels sans actant identifiable est toujours à la forme il.

Remarque. Les jeunes enfants mettent parfois du temps à comprendre ou apprendre cette règle et utilisent ça avec des verbes sans actant : ça pleut, ça neige. Les adultes utilisent aussi cette forme par plaisanterie : Ça pleut fort ! (comme Ça tape = il fait très chaud).

Les formes de l’indice de personne verbale utilisé devant un verbe dont le sujet est postposé varient selon les critères suivants :

Formes de l’indice de personne verbale
Verbeindice de personne verbale
Verbe impersonnel (sans actant identifiable)code écrit /
français parlé
ilIl pleut.
Il fait beau.
Ça glisse.
Comment ça va ?
Verbes avec sujet postposé indice de personne verbale
Verbe intransitifcode écrit /
français parlé
ilIl importe que vous soyez tous actifs.
Il faut que tu viennes.
Verbe d’état (être)Attribut adjectifcode écritilIl est normal d’hésiter.
Il est normal que tu hésites.
français parléceC’est normal d’hésiter.
C’est normal que tu hésites.
Attribut
GN
code écrit / français parléceC’est une chance que tu sois là.
C’est une grande chance de faire ce voyage.
Verbe transitif directcode écritcelaCela me désole de ne pas pouvoir venir.
Cela me désole que tu ne sois pas venu.
français parléçaÇa l’ennuie de devoir rentrer si tard.
Ça m’énerve qu’il soit toujours en retard.
Les formes l’indice de personne verbale ÇA sujet de être 
position styleforme exemples
1 devant forme
de être commençant par e/é ,
devant sont et
le pronom en
code écritc’, cec’est, c’était, ce sont, c’étaient, c’eût été, c’en sont, c’est égal, c’en est un, ce sont des cas, c’étaient des amis, c’en sont de grands
langue courante
français parlé
2 devant forme
de être commençant par d’autres
lettres
et devant ne
 code écrit  ce, ç’ ce sera, ce serait, ce fut, ç’aurait été, ce soit, ç’ait été, ç’a été, ç’avait été, ce n’est pas, ce ne serait pas, ce n’aurait pas été, ça eût été
langue courante
français parléçaça sera, ça serait, ça aurait été, ça n’est pas, ça sera, ça aura été, ça soit, ça ait été, ça a été, ça avait été, ça n’est pas
3 devant
pronom
 code écrit  cela cela te sera utile, cela m’est égal, cela me parait opportun
 code écrit, devant le ce ce l’est, ce le sera, ce l’a été, ce l’eût été
langue couranteçaça l’est, ça te sera utile, ça m’est égal, ça me parait bien
français parlé
4devant
auxiliaire
modal
Code écrit cela cela doit être lui, cela pourrait être une solution
Code écrit soutenuce ce doit être lui, ce pourrait être une solution, ce ne peut être lui
Langue couranteçaça doit être lui, ça pourrait être une solution
français parlé
1.3. Au secours !

Comme on le constate, dans le français parlé et le code écrit courant, on peut donc utiliser ça comme sujet du verbe dans de très nombreux cas. La forme ce/c’ est obligatoire seulement devant les formes de être qui commencent par e/é et devant sont dans le code écrit. En cas de doute, dans le français parlé et le code écrit courant, on peut donc se raccrocher à la bouée de sauvetage (pelastusrengas) suivante :

Formes de ÇA sujet
bouée de sauvetage Forme sujet obligatoire
devant est, étai(en)t, sont
c’, ce
Forme sujet possible
devant toutes les autres formes de personne 3 d’être
et devant toutes les formes de personne 3 de tous les autres verbes
ça

2. Utilisation de l’indice de personne verbale

Comme expliqué ci-dessus, les formes de l’indice de personne verbale peuvent être il, qui n’a qu’une seule forme dans cet emploi, ou ÇA (qui a plusieurs formes possibles).

On utilise l’indice de personne verbale dans deux cas principaux :

1) quand le verbe n’a pas d’actant (subjekti, tekijä) identifiable. Dans ce cas-là, l’indice de personne verbale peut être il ou ça (voir comment choisir ci-dessous) :

Il pleut. Il fait nuit. Il est dix heures. Fais attention, ça glisse! Varo, täällä on liukasta.  Comment ça va ?

2) quand le sujet sémantique du verbe est postposé au verbe (le sujet est signalé en bleu dans les exemples ci-dessous) ; dans ce cas-là, on utilise il ou différentes formes de ÇA :

Il arrive sans cesse de nouveaux visiteurs. Koko ajan tulee uusia vieraita. Il est normal que vous soyez étonnés. On luonnollista, että olette yllättyneitä. Ça m’énerve qu’il ne réponde jamais au téléphone ! Minua ärsyttää, että hän ei koskaan vastaa puhelimeen. Comment se peut-il que vous n’ayez pas encore obtenu votre diplôme ? Comment ça se fait que vous n’ayez pas encore obtenu votre diplôme ? Au restaurant, il se consomme des quantités considérables de champagne.

2.1. Verbes sans actant identifiable

En finnois comme en français, il y a des verbes qui décrivent un processus ou un état de fait (asiaintila) qui ne sont pas produits par un actant (tekijä) identifiable. En finnois, ces verbes sont alors sans sujet, et en français aussi, mais la différence est qu’en français il faut utiliser un indice de personne verbale, le verbe ne peut pas commencer directement la phrase ou la proposition sans sujet, sauf certains verbes dans le français parlé (voir ci-dessous) et à l’impératif, bien sûr :

Comment ça va ? Tu es prêt ? – Ça y est. Tullaan!  Ça suffit ! Riittää! / Riittää jo!

Verbes météorologiques :
Il y a du vent. Il vente. Il neige. Il fait beau. Il tonne. Ukkonen jylisee. Il grêle. Sataa rakeita.

Expressions de temps
Il est tard.Il fait jour. Il est temps de partir Il est trop tôt pour téléphoner.

Verbes indiquant un état de choses (asiaintila)
Ça sent mauvais (ça pue/ fam. ça chlingue) ici. Täällä haisee. Ça cogne. On hirveän kuumaa. Ça caille. Täällä jäätyy. Ça chauffe ici. Täällä huhkitaan. Ça me chatouille. Kutittaa. Ça me gratte. Kutittaa/Hiertää. Ça va barder. Kohta räjähtää. Ça monte. On ylämäki. Ça grimpe. On ylämäki. Ça descend sec. On jyrkkä alamäki. Ça décoiffe ! Rajua!

Par analogie, dans la langue familière, on utilise cette forme avec des verbes dont le sujet est un animé :

Ça travaille grave, en ce moment, à ce que je vois ! Alors, comment avance ton mémoire ?  – Ça bosse, ça bosse. Ça travaille dur à la permanence. Regarde ces cyclistes, ça pédale ferme !

Les jeunes enfants étendent par analogie cet emploi aux verbes météorologiques et utilisent par erreur le pronom ça : ça pleut. On utilise aussi parfois cette tournure par plaisanterie dans la langue familière (même chez les adultes) : ça pleut fort !

2.2. Verbes avec sujet postposé

En finnois et en français (et d’autres langues), on peut rejeter le sujet de certains verbes en position postposée en plaçant le verbe en tête de phrase. Le sujet peut être un groupe nominal ou une proposition. Dans ce cas, à, la place du sujet qui a été déplacé après le verbe, en français il faut utiliser un indice de personne verbale devant le verbe (sauf certains verbes dans le français parlé, voir ci-dessous). Ce pronom n’est pas nécessaire en finnois, comme le montrent ces exemples :

Ça me parait bizarre qu’elle n’ait rien dit. Tuntuu oudolta, että hän ei sanonut mitään.
Il est difficile d’accepter un tel comportement. On vaikea hyväksyä tällainen käytös.
Il viendra beaucoup de visiteurs. Tulee paljon vieraita.
Ça ne m’amuse pas du tout de devoir recommencer. Minua ei huvita ollenkaan aloittaa alusta.
Il est inquiétant que nous n’ayons pas encore eu de nouvelles de lui. On huolestuttavaa, että emme ole vielä kuulleet hänestä.

Dans ces phrases, en français le verbe commençant la phrase est précédé d’un indice de personne verbale (il, ça), mais en finnois il n’y a pas de pronom. Les parties de phrases en italiques sont le sujet (postposé) des verbes arrive, est, parait, viendra, m’amuse. Autres exemples variés:

Il reste encore du fromage ? C’est normal d’être fatigué après une si longue marche. Ça me semblait impossible de tout accepter sans mot dire. Il faudrait un autre collaborateur. Il est étonnant qu’il ait accepté. Il aurait été scandaleux d’accepter. Il est recommandé de se faire vacciner. Il est interdit de fumer dans les lieux publics. Ce (ça) serait sympa de sortir avec toi. Ce (Ça) serait fantastique de faire ce voyage. Ça te dirait d’aller faire un tour ?

Dans les grammaires françaises, on appelle généralement ce pronom « sujet réel », mais ce terme est inutile. Il vaut mieux dire simplement « sujet postposé ». En effet, quand le sujet est à sa place normale (« antéposé »), on n’a pas besoin d’un indice de personne verbale :

Il manque encore mille euros pour payer le voyage.
Mille euros manquent encore pour payer le voyage.
Il s’est produit un fait nouveau.
Un fait nouveau s’est produit.
Il se passe des choses bizarres ces derniers temps.
Des choses bizarres se passent ces derniers temps.
Il viendra beaucoup de visiteurs.
Beaucoup de visiteurs viendront.
Dans ce pays d’Afrique, il survit encore des coutumes étonnantes.
Dans ce pays d’Afrique, des coutumes étonnantes survivent encore.
Il est normal d’hésiter Il est normal que tu hésites.
Hésiter est normal. Que tu hésites est normal.

Comme marque de personne (indice de personne verbale) d’un verbe, on peut donc trouver trois variantes :

(1) Il sera difficile de prouver que c’est lui le coupable.
(2) Ce sera difficile de prouver que c’est lui le coupable.
(3) Ça sera difficile de prouver que c’est lui le coupable.

Explications :

(1) forme normale du code écrit.
(2) variante de (1) dans la langue courante, ce est l’allomorphe de ça devant les formes simples d’être
(3) variante de (2), la forme ça s’utilise dans le français parlé à la place de ce devant les formes simples du verbe être commençant par une consonne.

Les règles selon lesquelles ces pronoms varient sont expliquées aux pages concernées : pronom IL, pronom ÇA, propositions complétives.

2.3. Verbes intransitifs, réfléchis et passifs
2.3.1. Forme habituelle il

Les cas exposés au point précédent sont des cas où le verbe avec sujet postposé est un verbe d’état ou un verbe transitif (= qui peut avoir un complément direct ou prépositionnel). Dans ces cas, la forme du pronom peut varier. Mais quand le sujet postposé est sujet d’un verbe intransitif (qui ne peut pas recevoir de complément), l’indice de personne verbale est habituellement le pronom il :

Il convient de s’informer avant de prendre cette décision. Il vaudrait mieux demander une subvention. Il importe que tout le monde participe. Il fallait réagir aussitôt. Il faut que je lui écrive bientôt. Il importe que vous soyez tous actifs. Il suffit que vous ajoutiez un s et la phrase est juste. Se peut-il qu’il ait agi aussi lâchement ? Il se peut que nous arrivions en retard. Il s’agit que vous vous dépêchiez un peu. Teidän pitäisi nyt kiirehtiä hieman. Il advenait parfois que les samouraïs ne fussent pas en guerre. Il arrive que la neige fonde déjà fin mars. Comment se fait-il que ce rapport ne soit pas encore prêt ? Il dépendra de nous seuls que cela réussisse. Riippuu vain meistä, että se onnistuu.

Cependant, devant les verbes il se peut, il arrive, on peut utiliser ça dans le français parlé  :

Ça se peut qu’on arrive en retard. Ça arrive que la neige fonde déjà fin mars. Ça m’arrive parfois d’y repenser.

On peut aussi utiliser il indice de personne verbale dans les constructions à pronom réfléchi ou passives :

Il se trouvera certainement des gens pour critiquer le projet. Hankkeen epäilijöitä löytyy varmasti. Il se fait tard. Alkaa olla myöhä. Il se passe des choses étranges. Tapahtuu kummia. Il s’est dit tellement de choses à ce sujet ! Tästä asiasta on esitetty niin monta mielipidettä! Il a été décidé de suspendre la séance. Istunto päätettiin keskeyttää.

Ces constructions s’emploient essentiellement dans le code écrit, et pour cette raison on utilise toujours l’indice de personne verbale il et il n’y pas de variante avec ça. Le pronom il devient inutile quand le sujet se trouve devant le verbe :

Des choses étranges se passent. Tellement de choses se sont dites à ce sujet !

Pour des raisons sémantiques et morphosyntaxiques, toutes les constructions avec sujet impersonnel ne peuvent pas se rétablir dans l’ordre normal SVC (c’est aussi le cas en finnois) : Il a été décidé de suspendre la séance. [→ ??suspendre la séance a été décidé, finnois ? Istunnon keskeyttäminen päätettiin.] (en savoir plus).

2.3.2. Avec ordre des mots normal

L’utilisation d’un indice de personne verbale ne concerne que les cas où ces verbes sont employés avec un sujet postposé. On peut évidemment utiliser ÇA devant certains de ces verbes quand ce pronom est un véritable sujet :

Que ce soit le référent, le concept, le comportement ou l’usage qui corresponde au sens, cela importe peu ; le vrai problème ne se pose pas dans ces termes. Vous pouvez prendre votre congé la semaine prochaine, cela nous convient parfaitement. Si tu n’écris que deux pages, ça ne suffira pas pour faire un exposé digne de ce nom.

Comparer aussi :

Il vaut mieux réserver un mois à l’avance. [il = indice de personne verbale]
Réserve au moins un mois à l’avance, ça vaut mieux. [ça =pronom anaphorique]

La construction il vaut mieux n’est donc pas une construction « figée » qu’on emploie toujours sous cette forme. Il y a un verbe valoir mieux : qu’on peut utiliser de différentes façons, avec sujet antéposé ou postposé, en fonction du sens.

2.3.3. Dans la langue courante

Il faut se rappeler aussi que certains de ces verbes ne sont pas très utilisés dans le code courant (français parlé, ou style familier) ; ci-dessous quelques suggestions d’équivalents fréquents dans la langue courante (liste non exhaustive et non limitative) :

il semble que… → on dirait que…, il semblerait que…
il advient que → ça arrive que…, il y a des cas où…
il convient de infinitif → il y a intérêt à infinitif…
il convient que → il y a intérêt à ce que…
il importe que → ce qu’il faut, c’est que…
il suffit de infinitif → il n’y à qu’à infinitif
il suffit que → tout ce qu’il faut, c’est que…

3. Suppression de l’indice de personne verbale
dans le français parlé

Dans le français parlé familier, on supprime couramment l’indice de personne verbale il devant certains verbes :

  devant le présent de l’indicatif de faire dans les expressions météorologiques :

Fait nuit tôt en cette saison. Fait pas chaud, dites donc ! Fait beau aujourd’hui, hein ?

  devant les temps simples de falloir:

Hé, faut que je te dise un truc ! Faut que tu lui téléphones ce soir ! Bon, maintenant, faut que j’y aille ! Faudra pas mal de temps pour ranger tout ça. Faudrait un tout petit plus de sel. Fallait pas leur dire ! Pour rater un truc pareil, faut vraiment pas être doué ! Fallait y penser plus tôt ! Faudrait se dépêcher, sinon on va rater le début du film. Se tromper deux fois de direction, quand on est en retard, faut le faire !

 Mais l’indice de personne verbale il est obligatoire aux temps composés :

Il a fallu pas mal de temps pour ranger tout ça. Il aurait pas fallu leur dire !

  Dans l’expression il parait que, le pronom il est souvent supprimé:

Parait qu’il va y avoir de l’orage ce soir. Parait qu’ils vont construire une autoroute à côté d’ici.

 Dans la construction il y a, l’indice de personne verbale est couramment supprimé et il y a se prononce /ja/:

Quand j’essaye de me connecter sur internet, y a l’ordi qui crashe systématiquement. Y a des gens qui sont jamais contents. Y en a à qui tout réussit. Alors là, y a un problème. Y en a pour qui l’alcool est un poison. Y a qu’en France qu’on trouve de la bonne baguette. On a pris pas mal de photos, y en a que je trouve vraiment top. Y a pas que toi qui aies des problèmes !

4. L’indice de personne verbale :
comparaison avec d’autres langues

En finnois, en italien ou en espagnol, le verbe n’a généralement pas besoin d’être précédé d’un mot indiquant la personne (sauf à la personne 3 en finnois). Dans ces langues, quand le verbe est employé impersonnellement (quand il n’a pas d’actant (tekijä) identifiable, comme dans il pleut), on n’utilise jamais de pronom sujet.

En français, en revanche, le pronom est nécessaire, à toutes les personnes, et aussi à la personne 3, même quand le verbe est employé de façon impersonnelle. Dans la forme il pleut, le pronom il ne désigne aucun sujet. Il sert uniquement à conjuguer le verbe et signifie « cette forme est une forme de personne 3 ». C’est également le cas dans d’autres langues, comme l’anglais, l’allemand, le suédois etc. Comparer :

finnois On myöhää. Sataa.
italien È tardi. Piove.
espagnol Es tarde. Llueve.
français Il est tard. Il pleut.
anglais It is late. It is raining.
suédois Det är sent. Det regnar.
allemand Es ist spät. Es regnet.

On voit qu’en finnois, italien et espagnol, la position devant le verbe est vide. En français, en anglais, en suédois et en allemand, elle est occupée par un pronom, dont la fonction est d’indiquer la personne 3. Mais dans ces langues-là également, l’actant (tekijä) du verbe est impossible à identifier, le verbe est impersonnel, et le pronom il/it/det/es n’est pas le sujet du verbe, celui qui « exerce l’action ».

Voir aussi La conjonction devant infinitif : comparaison avec d’autres langues

39. Les indices de personne verbale il et ÇA. Mise à jour 5.12.2022