Grammaire du français
pour finnophones

56. Subordonnées
adverbiales

1. Conjonctions simples et conjonctions composées

2. Liste des conjonctions adverbiales

3. Variété des conjonctions et critères de choix

4. Coordination des propositions subordonnées

5. Propositions adverbiales
infinitives

6. Hypotaxe et parataxe

7. Emplois conjonctionnels de la préposition pour

  Index alphabétique

1. Conjonctions simples et conjonctions composées

1.1. Subordonnées adverbiales et circonstancielles

Les propositions subordonnées du français appelées traditionnellement « circonstan­cielles » correspondent assez exactement aux adverbiaalilauseet du finnois. Pour cette raison, pour décrire les subordonnées de ce type, on utilise dans la présente grammaire le terme de « subordonnées adverbiales », qui est aussi relativement répandu dans la terminologie grammaticale francophone. L’un et l’autre terme doivent être considérés comme de simples étiquettes.

La grammaire VISK définit sobrement les adverbiaalilauseet comme des « propositions qui commencent par une conjonction adverbiale ». On adopte ici la même approche minimaliste, car on peut considérer que la connaissance des conjonctions adverbiales, nettement plus nombreuses en français qu’en finnois, est plus un problème de lexique que véritablement de grammaire. C’est même assez souvent le cas pour les franco­phones aussi, qui ont tendance à confondre des conjonctions qui se ressemblent mais ont un sens différent.

Les descriptions portent donc essentiellement sur le sens précis des conjonctions et les différences entre des formes d’aspect similaire, la fréquence d’utilisation, les interprétations divergentes par les francophones, sans négliger, si nécessaire, la construction de la phrase, les temps et modes verbaux utilisés (subjonctif/indicatif).

Dans les subordonnées adverbiales, le verbe peut être une forme conjuguée, un infinitif ou un participe. Dans le présent guide pratique de grammaire, on ne fait pas de distinction entre des subordonnées conjonctives et des subordonnées infinitives, car les deux sont généralement introduites par des conjonctions (cf. les subordonnées complétives). Certaines conjonctions ont une forme légèrement différente quand elles introduisent une proposition adverbiale infinitive. Les subordonnées adverbiales participiales ne sont habituellement pas introduites par une conjonction : le participe a implicitement une valeur adverbiale, qui se déduit du contexte et du sens de la phrase (voir Les subordonnées participiales adverbiales).

1.2. Règle du sujet identique (coréférence du sujet)

Dans les subordonnées adverbiales infinitives et participiales, le sujet n’est généralement pas exprimé (une proposition adverbiale participiale peut cependant avoir un sujet exprimé). Dans ce cas, le sujet implicite (non exprimé) de l’infinitif ou du participe a le même référent (tarkoite) que celui de la proposition principale, autrement dit les deux (ou plusieurs) sujets doivent être coréférents (samaviitteinen).

Exemple de coréférence : dans la phrase (a), le pronom elle désigne Emma, il est coréférent du nom Emma. Dans la phrase (b), le pronom elle est coréférent du groupe nominal sa petite-cousine Sophie (complément du verbe), et non pas du nom Emma :

(a) Emma est très douée en rédaction parce qu’elle lit beaucoup.
(b) Emma n’a encore jamais vu sa petite-cousine Sophie, parce qu’elle habite à l’étranger.

La coréférence du sujet (subjektien samaviitteisyys) est nécessaire

Cependant, cette règle n’est pas toujours respectée par les usagers de la langue.

Remarque : la coréférence du sujet se manifeste aussi dans les propositions complétives infinitives dépendants de verbes déclaratifs et dans les propositions relatives infinitives.

1.3. Classement des subordonnées adverbiales

En simplifiant, on peut dire que les propositions subordonnées adverbiales regroupent toutes les subordonnées qui ne sont pas des subordonnées complétives ou relatives. Elles occupent généralement la même fonction qu’un complément de phrase, un adverbe ou un groupe adverbial. Comme le dit la grammaire VISK, le sens des propositions adverbiales dépend généralement du sens de la conjonction qui l’introduit, exactement comme il existe une grande quantité d’adverbes (ou de locutions adverbiales) différents. Elle peut exprimer une condition, un but, une cause, mais aussi par exemple introduire une comparaison. Dans certains cas, on n’utilise même aucuneconjonction, et le sens est indiqué par la structure de la phrase.

On classe généralement les propositions adverbiales dans les catégories suivantes (entre parenthèses, les termes habituellement utilisés pour les décrire) :

– cause (subordonnées causales) ;
– but (subordonnées finales) ;
– conséquence (subordonnées consécutives) ;
– concession (subordonnées concessives) ;
– opposition (subordonnées d’opposition) ;
– condition (subordonnées conditionnelles) ;
– temps (subordonnées temporelles) ;
– comparaison (subordonnées comparatives).

Le sens de certaines conjonctions n’entre pas toujours dans une catégorie bien précise, et certaines peuvent avoir plusieurs sens différents. Ces termes sont subjectifs et ne doivent pas être pris à la lettre. Ils servent essentiellement à regrouper et à présenter ensemble des conjonctions de sens similaire (dont les nuances posent parfois des difficultés).

2. Liste des conjonctions adverbiales

Comme dans le cas des prépositions, les conjonctions adverbiales peuvent être formées d’un seul mot, ou être composées de plusieurs éléments formant une conjonction composée (on les appelle aussi « locutions conjonctives » ou « locutions conjonctionnelles »). Dans cette grammaire, le terme de « conjonction adverbiale » désigne génériquement les conjonctions simples (formées d’un seul mot) ou composées de plusieurs mots.

Les renvois dans la liste suivante indiquent les pages où les conjonctions sont décrites, et ne définissent pas forcément le sens précis des conjonctions.

à ce point que → conséquence
à condition de → condition
à condition que → condition
à en + infinitif → condition
afin de → finales
afin que → finales
à force de → cause
alors même que → opposition
alors que → opposition
alors que → temps
à mesure que → temps
à moins de → condition
à moins que → condition
à peine … que → temps
à peine… ne pas… que → temps
après → temps
après que → temps
assez… pour → conséquence
assez… pour que → conséquence
à supposer que → condition
à tel point que → conséquence
attendu que → causales
au cas où → condition
au fur et à mesure que → temps
au moment où → temps
au lieu de → opposition
au lieu que → opposition
au point de → conséquence
au point que → conséquence
aussi + adjectif que → concession
aussi longtemps que → condition
aussi longtemps que → temps
aussitôt que → temps
autant que → condition
autant… autant → comparaison
avant de → temps
avant que → temps
avoir beau → concession
bien que → concession
c’est que → cause
ce n’est pas que → cause
ce qui fait que → conséquence
chaque fois que → temps
comme → cause
comme si → comparaison
dans l’intention de → finales
dans le but de → finales
d’autant moins que → cause
d’autant moins… que → comparaison
d’autant plus +dét./adv… que → cause
d’autant plus que → cause
d’autant plus… que → comparaison
d’autant que → cause
de crainte de → finales
de crainte que → finales
de façon à → finales
de façon à ce que → finales
de façon que → conséquence
de manière à → finales
de manière à ce que → finales
de manière que → finales
de manière que → conséquence
de peur de → finales
de peur que → finales
dès l’instant que causales
de sorte à → finales
de sorte que → finales
de sorte que → conséquence
de telle façon que → conséquence
de telle manière que → finales
de telle manière que → conséquence
de telle sorte que → finales
de telle sorte que → conséquence
depuis que → temps
dès lors que → condition
dès que → temps
d’ici (à ce) que → condition
d’ici (à ce) que → temps
du fait que → cause
du moment que → cause
du moment que → condition
en admettant que → condition
en attendant de → temps
en attendant que → temps
en dépit du fait que → concession
en supposant que → condition
en vue de → finales
encore que → concession
étant donné que → cause
excepté si → condition
faute de → cause
jusqu’à → temps
jusqu’à ce que → temps
le temps de → temps
le temps que → temps
loin de → opposition
lorsque → temps
maintenant que → temps
malgré le fait que → concession
malgré que → concession
même si → concession
moins… moins → comparaison
n’eût été → condition
ne serait-ce que, ne fût-ce que → condition
non que → cause
nonobstant (le fait) que → concession
où… que → concession
parce que → cause
pendant que → temps
pendant que → opposition
plus… plus → comparaison
plutôt que (de) → comparaison
pour → finales
pour + adj que → concession
pour + infinitif → concession
pour + infinitif passé → cause
pour autant que → condition
pour le cas où → condition
pour pas que → finales
pour peu que → condition
pour que → finales
pour si jamais → condition
puisque → cause
quand → opposition
quand → temps
quand bien même → concession
que (valeur de but après impératif) → finales
que + subjonctif → condition
que… ou → concession
que… ou… → condition
quel… que → concession
quelque + adj que → concession
quelque + nom que → concession
quitte à → concession
quitte à ce que → concession
quoi… que → concession
quoique → concession
sans → opposition
sans que → opposition
sauf si → condition
selon que → condition
si → cause
si → concession
si → condition
si + adj que → concession
si bien que → conséquence
si jamais → condition
si tant est que → condition
si→ temps
si (+ adjectif ou adverbe)… que → conséquence
sitôt → temps
soit que… soit que → cause
sous prétexte que/de → cause
suffisamment pour → conséquence
surtout que → cause
tandis que → opposition
tandis que → temps
tant de (+ nom)… que → conséquence
tant et aussi longtemps que → temps
tant et si bien que → conséquence
tant que → condition
tant que → temps
tant…que → conséquence
tel… que → comparaison
tel… que (= comme) → comparaison
tellement (+ adj. / adv.)… que→ conséquence
tellement de (+ nom)… que → conséquence
tout + adj que → concession
toutes les fois que → temps
trop… pour → conséquence
trop… pour que → conséquence
un tel… que → conséquence
un(e) tel(le)(+ nom)… que conséquence
une fois que → temps
vu que → cause

3. Variété des conjonctions et critères de choix

La principale difficulté pour les finnophones est la grande grande variété de conjonc­tions adverbiales en français. En finnois, il y en a beaucoup moins. Par exemple, le finnois jotta peut correspondre en français à une dizaine de conjonctions différentes. Comment choisir la bonne ?

3.1. Différence de style

Le plus souvent, quand il existe en français différentes conjonctions qui correspondent à une seule conjonction en finnois, ces différentes variantes ont le même sens, et elles ne diffèrent que par le style. Telle conjonction est utilisée couramment dans tout type de contexte, telle autre de préférence dans le code écrit (ou uniquement dans le code écrit), ou telle autre encore plutôt dans le français parlé un peu familier. Le type de texte (journalistique, scientifique, administratif…) influe également sur le choix de la conjonction. On peut ainsi distinguer divers contextes d’emploi, par exemple pour exprimer la concession :

français parlé (familier ou non) : bien que, malgré que
code écrit courant (oral ou écrit) : bien que, encore que
code écrit strict : quoique
code écrit de style soutenu, style administratif : nonobstant le fait que

ou pour exprimer la cause :

français parlé (familier ou non) : vu que, comme
code écrit courant (oral ou écrit) : comme, du fait que, étant donné que
code écrit de style juridique : attendu que

Rem. Ces exemples sont donnés comme illustration et ne présentent pas tous les sens ou toutes les nuances ni tous les contextes d’emploi possibles des conjonctions mentionnées.

3.2. Adverbiales antéposées et postposées

La position de la proposition adverbiale par rapport à la principale peut aussi éclairer le choix de la conjonction :

Certaines conjonctions introduisent en général des propositions adverbiales placées avant la principale, par exemple les causales introduites par comme, et d’autres introduisent de préférence des adverbiales placées après la principale. On peut ainsi formuler la règle suivante importante pour les finnophones :

Quand la conjonction finnoise koska introduit une proposition adverbiale antéposée, en français elle correspond normalement à comme et non pas à parce que (source d’erreurs fréquentes chez les finnophones).

Le plus souvent, cependant, la place de la proposition adverbiale est plus ou moins indifférente (yhdentekevä) et ne change pas le sens de la phrase ni de la conjonction.

Mais la position de la subordonnée par rapport à la principale n’est jamais entièrement anodine (vailla merkitystä). Exactement comme dans le cas des groupes nominaux compléments de phrase ou des adverbes, la place de la proposition peut modifier le sens de l’énoncé.

3.3. Adverbiales essentielles et explicatives

Bien que les propositions adverbiales se comportent comme un complément de phrase, elles n’ont pas forcément un rôle « secondaire ». Comme on le fait pour les propositions relatives, on pourrait ainsi distinguer les propositions adverbiales

Exemple illustrant cette différence :

Il n’est pas parti parce qu’il avait peur. vs.
Il n’est pas parti, parce qu’il avait peur.

La première phrase, sans virgule et prononcée sur une seule ligne mélodique, nie la raison invoquée (la peur) comme cause du départ (donc il est parti pour une autre raison que la peur). La deuxième phrase, avec virgule et prononcée en deux temps, précise la raison du départ (la peur). Résultat : dans la première phrase, la personne il est bien partie, alors que dans la deuxième phrase, il n’est pas parti. Cet exemple illustre également l’importance de la ponctuation dans l’utilisation des subordonnées adverbiales.

Cependant, cette distinction sémantique n’est pas toujours très nette, ni aussi facile à constater que la position antéposée ou postposée de la proposition adverbiale. Dans certains cas, elle permet cependant de choisir entre différentes conjonctions possibles là où le finnois n’utilise qu’un seul et même mot.

4. Coordination des propositions subordonnées

4.1. Conjonction exprimée après et

Il y a aussi une autre différence nette entre le finnois et le français qui provoque souvent des erreurs, c’est la manière de coordonner (relier) deux (ou plusieurs) propositions subordonnées adverbiales. En finnois, on ne répète généralement pas la conjonction de subordination (jos, kun, vaikka…), quand on lie deux (ou plusieurs) propositions subordonnées. La conjonction de coordination ja (« et ») suffit :

Jos huomenna on kaunista ja meillä on aikaa, voisimme lähteä pyöräilemään.
Kun hän tuli ulos ja huomasi, että oli unohtanut avaimet, ovi paiskautui kiinni.
Koska hän oli hyvin lukenut ja hän oli aiheesta kiinnostunut, tentti sujui leikiten.

En français, au contraire, quand on coordonne deux ou plusieurs propositions adverbiales introduites par la même conjonction, on répète en général la conjonction, non pas telle quelle, mais sous la forme que. Il faut donc premièrement penser à (et prendre l’habitude de) répéter la conjonction, ce qu’on ne fait pas en finnois.

4.2. La conjonction polyvalente que

Deuxièmement, il faut se rappeler qu’on ne répète pas la conjonction telle quelle (par exemple si ou comme), mais toujours, quelle que soit la conjonction (bien que, quand, si, comme, puisque etc.), sous la forme que. Ceci semble facile à comprendre quand la conjonction qu’on veut répéter est uniquement que (c’est le cas par exemple dans les propositions complétives, voir le premier exemple ci-dessous), mais il est un peu plus difficile de s’y habituer quand la conjonction qu’on répète n’est pas que :

Le vendeur m’a dit que l’article était épuisé et qu’il ne savait pas quand le stock serait réapprovisionné. Si demain il fait beau et que nous avons le temps, nous pourrions aller faire du vélo. J’avais un horaire des bus périmé, si bien que j’ai raté le dernier bus et que j’ai dû rentrer à pied. Quand il sortit et qu’il remarqua qu’il avait oublié ses clés, la porte se referma avec un claquement. Comme elle avait bien révisé et que le sujet l’intéressait, l’examen fut un jeu d’enfant.

Cependant, comme c’est le cas en finnois aussi, pour des raisons expressives ou argumentatives, on peut aussi répéter la conjonction telle quelle :

Si demain il fait beau et si nous avons le temps, nous pourrions aller faire du vélo. Quand tu auras terminé ton travail et quand moi j’en aurai envie, on reparlera de cette sortie avec des copains !

5. Propositions adverbiales infinitives

Le verbe de la subordonnée adverbiale peut être un verbe conjugué, avec un sujet exprimé (nom, pronom etc.) ou bien un verbe à l’infinitif, sans sujet exprimé. Dans ce cas, le sujet de l’infinitif est par défaut (oletuksena) le même sujet que celui du verbe de la proposition principale (voir coréférence du sujet ci-dessus).

Les subordonnées adverbiales infinitives ne peuvent donc s’utiliser que si le sujet logique de l’infinitif est le même actant (subjekti, tekijä) que celui du verbe de la proposition principale. .

On peut ainsi comparer les cas (1) dans lesquels le sujet de la subordonnée est différent de celui de la principale et les cas (2) dans lesquels le sujet a le même référent dans les deux propositions :

1a) Tu penseras à acheter les billets sur Internet avant que ce soit complet.
1b) Nous pouvons vous emmener demain matin à condition que vous soyez chez nous avant 7 h.

2a) Tu penseras à acheter les billets sur Internet avant de partir.
2b) Vous pouvez partir avec nous demain matin à condition de venir avant 7h.

5.1. Transformation obligatoire vs facultative

Pour l’apprenant de français langue étrangère, il y a trois difficultés :

a) après certaines conjonctions adverbiales, l’utilisation de l’infinitif est théoriquement obligatoire, et après d’autres, elle est facultative. Il faut donc savoir décider dans quels cas utiliser un infinitif ;

b) dans la langue courante, la règle de la transformation infinitive n’est pas toujours respectée (voir ci-dessous), c’est pourquoi on la qualifie ici de « théoriquement obligatoire ». En lisant ou entendant du français, les apprenants de français langue étrangère ne peuvent donc pas toujours savoir si la forme avec que est obligatoire ou si c’est un cas où le locuteur n’a pas fait la transformation infinitive qui serait la règle.

c) la modification de la forme de la conjonction ne suit pas un schéma régulier : dans la majorité des cas, on remplace l’élément que de la conjonction par la conjonction infinitive de, mais on n’utilise pas de après les conjonctions pour et après (tableau 1), ni après jusqu’à, quitte à et sans (tableau 2).

1. Transformation infinitive théoriquement obligatoire
conjonction formée avec queconjonction formée avec de (+ infinitif)
afin que jotta
au lieu que sen sijaan että
avant que ennen kuin
de peur que jotta ei
du fait que johtuen siitä, että
en attendant que kunnes
de crainte que jotta ei
le temps que kunnes
afin de
au lieu de
avant de
de peur de
du fait de (+ inf. passé)
en attendant de
de crainte de
le temps de
conjonction avec queconjonction sans de
pour que jotta
après que sen jälkeen kun
pour
après (+ inf. passé)

Exemples :

Merci aux files d’attente. En attendant de rentrer dans le magasin, on avait le temps de se demander si on en avait vraiment besoin. Combien préfèrent étudier dans des manuels anglais, de crainte de ne pas comprendre la terminologie française ? Quelques techniques pour réactiver vos contacts inactifs afin de ne pas les perdre. Le gouvernement a suspendu l’entrée en vigueur de la réforme, le temps d’examiner les abus constatés.

2. Transformation infinitive facultative
conjonction avec queconjonction avec de + infinitif
à condition que sillä ehdolla että
à moins que ellei
au point que niin paljon että
sous prétexte que sillä verukkeella, että
à condition de
à moins de
au point de
sous prétexte de
conjonction avec queconjonction sans de
jusqu’à ce que kunnes
quitte à ce que sillä uhalla että
sans que ilman että
jusqu’à
quitte à
sans

Exemples :

Nous pouvons signer ce contrat à condition que nous puissions décider/à condition de pouvoir décider qui sera nommé directeur. Je préfère refaire la mise en page, quitte à ce que je doive/ quitte à devoir remettre la sortie du livre. Teen mieluummin taiton uudestaan, silläkin uhalla että kirjan ilmestyminen lykkääntyy. J’ai été traumatisée par cet accident, au point que je ne me souviens pas/ au point de ne pas me souvenir de ce qui s’est passé.

5.2. Une transformation typique du code écrit

La transformation infinitive se fait régulièrement dans le code écrit, et il faut connaitre et appliquer les principales règles si on rédige par exemple un texte de type scientifique.

Dans le français parlé, cependant, même en cas de coréférence du sujet il est fréquent qu’on utilise une adverbiale introduite par une forme de conjonction composée avec que et avec un verbe conjugué, même quand il faudrait utiliser une construction infinitive. Beaucoup d’usagers de la langue ignorent cette règle (c’est pour cette raison qu’on la qualifie ici de « théoriquement obligatoire »).

Dans les exemples suivants, le sujet du verbe de la proposition adverbiale a le même référent que celui de la principale, mais malgré cela, on n’utilise pas la forme infinitive qui serait la norme dans le code écrit :

Je suis partie vraiment très tôt, pour que j’aie pas à faire la queue trop longtemps. En attendant que tu puisses obtenir ton premier rendez-vous, voici ce que tu peux faire… Pendant une semaine, le temps qu’on [=« nous »] trouve à se loger, nous avions pu explorer à loisir ce coin de l’Outaouais où je n’avais jamais mis les pieds.

Il règne à ce sujet un certain flottement chez les francophones, qui est renforcé par le fait qu’il n’y a aucun critère objectif simple permettant de décider quand il faut faire la transformation infinitive.

5.3. Difficultés pour les finnophones

En finnois, un participe passé passif (par exemple ostettu, lähdetty) avec une valeur adverbiale peut porter la marque du sujet avec un suffixe possessif : ostettuani, lähdettyämme. On peut donc l’utiliser même quand le sujet du participe est différent de celui du verbe principal de la phrase. En français, l’equivalent de cette construction est une construction adverbiale infinitive, mais à la différence du finnois, on peut utiliser la construction infinitive seulement si le sujet non exprimé de l’infinitif est le même que celui du verbe de la principale (coréférence du sujet, exemple 1). Comparer :

1. sujet coréférent
Vaihdettuamme renkaan, jatkoimme matkaa.
Après avoir changé la roue, nous avons repris la route.

2. sujet différent
Heidän vaihdettuaan renkaan, me jatkoimme matkaa.
Après qu’ils eurent changé la roue, nous avons repris la route. [sujet différent, infinitif impossible]

La règle de la coréférence du sujet pose souvent des problèmes aux francophones eux-mêmes. Exemples authentiques d’erreurs (elles sont assez fréquentes) :

(1) *Après avoir vidé leur querelle, les choses rentrèrent dans l’ordre. Heidän selvitettyä riitansa asiat palasivat järjestykseen.
(2) Quelques secondes après avoir sauté, à 111 mètres au-dessus du fleuve frontalier entre la Zambie et le Zimbabwe, la corde s’est rompue.
(3). Treize ans après s’être volatilisé, son squelette vient d’être retrouvé au fond d’un ravin. [article dans Le Parisien décembre 2021]

La traduction finnoise de la phrase (1) est l’équivalent exact de la phrase française. D’après la norme (ignorée de beaucoup d’usagers), cette dernière est cependant fautive. Il aurait fallu dire :

Après qu’ils eurent / quand ils eurent vidé leur querelle, les choses rentrèrent dans l’ordre.

Dans la phrase (2), ce n’est évidemment pas la corde qui a sauté, mais (dans l’accident décrit dans l’article de journal), une femme. Il faudrait dire par exemple :

(2b) Quelques secondes après que la sauteuse a plongé dans le vide […], la corde s’est rompue.

L’exemple (3) signifie à proprement parler que c’est le squelette (luuranko) qui s’est volatilisé, alors que c’est un jeune homme mentionné antérieurement dans le texte (exemple corrigé 3b) :

(3b) Treize ans après que ce jeune homme de 24 ans s’était volatilisé, son squelette vient d’être retrouvé au fond d’un ravin.

On trouve aussi des erreurs sur la coréférence du sujet dans le cas des propositions adverbiales participiales.

5.4. Attention aux formes de l’infinitif

Le maniement des constructions infinitives en général demande une certaine habitude, car il faut savoir conjuguer l’infinitif, à la forme passée, à la forme négative, à la forme passive ou la forme passive passée négative etc., ce qui n’est pas toujours facile. Par exemple, une proposition subordonnée causale introduite par comme ou parce que peut être remplacée par pour + infinitif passé :

Comme elle était arrivée en retard, elle n’a pas entendu la nouvelle importante annoncée au début du cours. Kun hän tuli myöhässä, hän ei kuullut tunnin alussa annettua tärkeää ilmoitusta.Pour être arrivée en retard, elle n’a pas entendu la nouvelle importante annoncée au début du cours.

Mais cette modification n’est possible qu’avec un infinitif passé (pour avec un infinitif présent a un sens final, « afin que »). Parfois, la construction infinitive peut avoir un sens un peu différent de la construction avec que (par exemple jusqu’à).

Dans le français parlé, on peut utiliser des constructions avec que (avant que, à condition que, jusqu’à ce que…). Dans le code écrit, en cas de doute, le plus prudent est d’utiliser une proposition avec un verbe conjugué et une conjonction de sens équivalent :

Après ne plus avoir fait d’observations… → Comme elles n’ont plus fait d’observations… Pour n’avoir jamais été étudiant… → Comme il n’avait jamais été étudiant… etc.

6. Hypotaxe et parataxe :
des notions utiles pour l’expression écrite

6.1. Hypotaxe et parataxe, subordination et coordination

Ces deux termes sont des synonymes d’origine grecque des mots d’origine latine subordination (alisteisuus) et coordination (rinnastus). Ils décrivent la manière d’enchainer les idées et d’exprimer les relations logiques entre les différentes parties de l’énoncé. La distinction entre ces modes d’expression peut être utile pour l’expression écrite, car le finnois utilise régulièrement dans le code écrit certains procédés qui ne s’utilisent en français que dans le français parlé.

Pour former un énoncé, en particulier à l’oral, on peut aligner les idées sur le mode de la parataxe (mot à mot : « le fait de placer les choses l’une après l’autre ») ; on énonce des éléments successivement les uns après les autres, en les enchainant parfois avec des adverbes ou des conjonctions de coordination. C’est aussi le cas en finnois :

Je suis sorti, et alors j’ai vu qu’il pleuvait, et alors il fallu que je rentre, j’ai dû fermer la fenêtre du salon, elle était grande ouverte. Menin ulos ja silloin huomasin, että sataa, sitten minun piti mennä takaisin sisälle, minun piti laitta olohuoneen ikkuna kiinni, se oli jäänyt auki.

Inversement, dans l’hypotaxe ou discours hypotactique, on enchaine les idées par des conjonctions, ce qui pourrait donner par exemple la phrase suivante :

Quand je suis sorti, j’ai vu qu’il pleuvait, si bien que j’ai dû rentrer pour fermer la fenêtre du salon, qui était grande ouverte. Kun menin ulos, huomasin, että sataa, jolloin minun piti mennä takaisin sisälle laittamaan olohuoneen ikkunan kiinni, kun se oli jäänyt auki.

La parataxe n’est cependant pas utilisée exclusivement à l’oral, on peut évidemment l’utiliser aussi à l’écrit, et, inversement, les procédés de l’hypotaxe sont aussi utilisés aussi à l’oral. La parataxe n’est pas une caractéristique typique de l’oral, qui différen­cierait celui-ci fondamentalement de l’écrit. Le français parlé, même spontané, utilise parfois des constructions hypotactiques complexes, avec de très nombreuses subordonnées, notamment quand le locuteur donne des explications ou des justifications.

6.2. Différences entre le français et le finnois

La distinction entre parataxe et hypotaxe est exposée brièvement ici parce qu’elle sert à illustrer une différence concrète importante entre le finnois et le français dans l’utilisation des propositions subordonnées adverbiales. Après une proposition subordonnée adverbiale antéposée, le finnois renforce souvent le rapport sémantique entre la subordonnée et la principale en ajoutant dans la principale un adverbe à valeur anaphorique, qui exprime le même genre d’idée (temps, concession, condition etc.). Le finnois emploie pour cela des formes adverbiales variées du pronom se (niin, silti, silloin), ou des adverbes comme kuitenkin (la traduction en français des exemples suivants est donnée plus loin ci-dessous) :

(a) Kun horjuin kuilun partaalla tietämättä itkeäkö vaiko nauraa, silloin huomasin etsiytyväni metsään.
(b) Tiedämme, että jos istutamme tomaatteja toukokuussa, niin voimme korjata sadon elo-syyskuussa.
(c) Vaikka ei pidäkään ylpistyä mistään arvonimistä, niin voimme hetkellisesti olla ylpeitä omasta saavutuksestamme.
(d) Vaikka et haluakaan julkaista tietojasi netissä, voit silti olla mukana työnvälitystietokannassamme.
(e) Vaikka joidenkin merkkien suoritusvaatimuksia on tarkistettu, voitte kuitenkin edelleen suorittaa nämä merkit vanhojen vaatimusten mukaisesti.
(f) Mikäli PIN-koodi on tilattu aiemmin, niin se toimii myös A-rakennuksessa.

L’adverbe anaphorique est très courant à l’oral et moins fréquent à l’écrit (les exemples ci-dessus sont tous tirés de pages Internet, mélange de code écrit strict et de finnois parlé plus familier). L’adverbe fait en quelque sorte double emploi (on tarpeeton, ylimääräinen)  : une proposition commençant avec vaikka indique déjà à elle seule la concession. La reprise de l’idée d’opposition dans la principale avec silti ou kuitenkin est ainsi redondante. Le finnois utilise donc à la fois les moyens de l’hypotaxe (conjonction vaikka) et de la parataxe (adverbe silti). Cet usage est tout à fait normal en finnois, langue qui dispose d’outils exprimant aussi bien l’anaphore que la cataphore au niveau de la phrase.

6.3. Adverbe anaphorique inusité

La différence entre le finnois et le français est qu’en français on ne reprend généralement pas l’idée de la subordonnée par un adverbe dans la proposition principale, comme on le voit dans la traduction des exemples précédents, où ne figurent pas les adverbes du finnois :

(a’) Alors que j’étais au bord du gouffre et ne savais s’il fallait rire ou pleurer, je me rendis compte que mes pas me menaient vers la forêt.
(b’) Nous savons que si nous plantons les tomates en mai, nous pourrons récolter en aout-septembre.
(c’) Bien qu’il n’y ait pas de raison de faire étalage de son titre, on peut être fier, sur le moment, du travail accompli.
(d’) Quand bien même vous ne voudriez pas voir votre nom apparaitre sur le réseau, vous serez inscrit dans notre fichier de main-d’œuvre.
(e’) Bien que les critères d’attribution des badges aient été revus, vous pouvez encore les obtenir selon les anciens critères.
(f’) Au cas où le code PIN a été commandé antérieurement, il est déjà valable pour accéder au bâtiment A.

Dans le code écrit strict, on évite donc d’écrire :

Bien que vous ayez eu la jambe cassée, vous pouvez *quand même faire du sport. Si cette hypothèse est exacte, *alors nous devons en tirer les conclusions qui s’imposent. Même si ces déclarations soutiennent dans une certaine mesure la crédibilité de notre étude, il faut *toutefois préciser qu’il ne s’agit que du point de vue d’une seule personne.

À l’oral, cependant, les phrases ci-dessus sont courantes et on trouve de nombreux cas avec utilisation d’un adverbe de rappel :

Bon ben si tu viens demain, alors il faut qu’on fasse une petite fête.

Il s’agit d’un glissement de l’hypotaxe vers la parataxe tout à fait fréquent dans le français oral ; la phrase commence avec une subordonnée, puis il y a une rupture de construction et on passe au discours paratactique.

7. Emplois conjonctionnels de pour

Utilisé comme préposition, le mot pour a des sens variés : attribution (jollekin), but ([jotakin] varten), cause ([jonkin] johdosta) etc. Il s’emploie aussi devant un infinitif, ou comme une sorte d’adverbe quantifieur devant adjectif, dans des constructions de sens concessif. Le mot pour peut donc changer de catégorie grammaticale (c’est un cas de recyclage) : au lieu d’être une préposition, il fonctionne comme une conjonction ou un adverbe.

Quand pour introduit un infinitif, son sens varie notamment selon temps de l’infinitif, ou d’un autre indice qui précise le sens.

7.1. Pour + infinitif présent, exprime le but

C’est l’emploi le plus fréquent et le plus connu des apprenants de français langue étrangère, qui a des équivalents dans d’autres langues. En finnois, il correspond par exemple aux formes verbales en ‑mAAn ou ‑kseen (tekemään, sanoakseni) :

Il est parti un an en France pour faire de la recherche. Pour faire des progrès, vous devriez séjourner dans un pays francophone.

7.2. Pour + infinitif passé, exprime la cause

Cette utilisation de pour est relativement fréquente. Il faut savoir interpréter le sens correctement, puisque, suivi de l’infinitif passé, pour exprime la cause, alors que suivi de l’infinitif présent, il exprime le but :

Pour avoir attendu trop longtemps, nous n’avons plus pu réserver de maison pour les vacances. Il a eu une amende pour ne pas avoir bouclé sa ceinture de sécurité.  Pour ne pas avoir été vidées [infinitif passé passif négatif] depuis deux mois, les poubelles commençaient à sentir terriblement mauvais.  Pour être arrivés en retard à la cérémonie, nous n’avons pas pu entendre le nom des lauréats.

L’équivalent en finnois de ces infinitifs serait une construction participiale : odotettuamme liian pitkään ou une proposition introduite par koska, kun etc.

7.3. Pour + infinitif présent (passé), exprime la concession

La préposition pour peut introduire une infinitive concessive, qui correspond à si concessif. Les conditions d’utilisation sont les mêmes que pour si concessif : la concessive introduite par pour s’utilise uniquement en position antéposée à la principale. Il ne faut pas confondre ce pour avec son équivalent final (jotta).

Le plus souvent, cette construction est employée avec le verbe être. Le finnois connait une construction similaire avec des infinitifs du genre ollakseensilti… Le sens concessif de pour est systématiquement souligné ou explicité dans la proposition principale par néanmoins ou la construction n’en… pas moins. On utilise aussi des adverbes comme pourtant, encore :

Pour être douée, elle n’en est pas moins très paresseuse. Pour être lent dans son travail, il est néanmoins efficace. Pour avoir été souvent négligée, cette cause ne se trouve pas moins au fond de beaucoup de conflits internationaux [= Bien qu’elle ait souvent été négligée…]. Colbert, soutenu par l’opinion, fit, dans des circonstances nouvelles et très avantageuses, une opération qui, pour avoir été critiquée, n’en mérite pas moins des éloges sans restriction.

Résumé : le sens de pour en fonction du temps du verbe
temps de l’infinitifvaleurexempleéquivalent en finnois
présentBUTpour comprendre
pour faire
ymmärtääkseni, -ksesi -kseen jne.
tehdäkseni, -ksesi, kseen jne.
PASSÉCAUSEpour avoir refusé
pour être restés
kieltäydyttyäni, -si, -än, -mme
jäätyäni, -si, -än, -mme jne.
présent /
PASSÉ 
+ adverbe
concessif
CON-
CES-
SION
Pour être lent, il est néanmoins efficace.
Pour avoir été souvent critiqué, il reste cependant très influent.
Ollakseen hidas hän on silti tehokas.

Vaikka häntä on usein arvosteltu, hän on silti edelleen hyvin vaikutusvaltainen.
7.4. Pour + adjectif, sens concessif

Si, quelque et pour sont en principe interchangeables en tête de proposition adverbiale postposée, mais pour est assez rarement utilisé dans ce cas, et on préfère si ou quelque.

Ces constructions, si compliqués/quelque compliqués/pour compliqués qu’elles paraissent, sont assez fréquentes. Tout cela, pour amusant que cela puisse être quand on n’a rien de mieux à faire, est d’une grande banalité. Quelque curieux /Si curieux/Pour curieux que cela puisse sembler, c’est tout à fait courant.

Remarque : le mot quelque est ici en fonction d’adverbe, comme dans l’expression quelque peu (hieman, hiukan) et ne doit pas être confondu avec quelque déterminant.

56. Les propositions adverbiales. Mise à jour 23.12.2022