Grammaire du français
pour finnophones

30. Les pronoms

1. Généralités

2. Formes pleines vs formes faibles

3. Formes syncrétiques, dissociées et détachées

4. Les pronoms personnels je tu on nous vous

5. Une terminologie confuse

  Index alphabétique

1. Généralités

1.1. Termes utilisés

a. Pronom. On définit habituellement le pronom comme un mot qui peut « remplacer » (korvata) ou plus généralement se substituer à (toimia jnak, edustaa) un autre mot ou groupe de mots :

nom
J’ai oublié ma tablette dans la voiture, je vais la chercher.
adjectif
Toi, tu es content, moi je le suis moins.
verbe
N’oublie pas de téléphoner Je le ferai.
proposition
Les élèves ne sont pas habitués à ce qu’on leur fasse des critiques. Ils n’y sont pas habitués.
phrase / idée
Nos jeunes voisins nous ont annoncé qu’ils allaient déménager. C’est vraiment dommage, parce qu’ils sont vraiment sympathiques.

Remarque : en finnois, le terme de pronomini peut aussi désigner un déter­minant.

Le sens du mot pronom pourrait aussi être interprété comme « qui peut fonctionner comme un nom (ou groupe nominal) ». Les pronoms sont cependant beaucoup plus mobiles que le groupe nominal, et ne peuvent donc pas être considérés comme des équivalent exacts de celui-ci. On peut dire Elle la lui ai vendue, mais pas (en français moderne et non poétique, en tout cas) *Notre amie sa maison à sa fille a vendue.

b. Antécédent. L’antécédent, en finnois korrelaatti, est l’élément que le pronom remplace. Dans les exemples ci-dessus, ce sont les mots ou groupes de mots ma tablette, content, de téléphoner, à ce qu’on leur fasse des critiques, Nos jeunes voisins ont décidé de déménager.

c. Anaphore. L’anaphore, en finnois anafora, « viittaaminen », est le fait qu’un mot renvoie à (viittaa) ou remplace un élément mentionné dans l’énoncé ou le texte. Dans la phrase suivante, le pronom celle-ci renvoie à sa voisine et a une valeur anaphorique :

Quand elle était dans le jardin, Alice a discuté avec sa voisine. Celle-ci lui a annoncé qu’elle allait vendre sa maison.

d. Pronoms nominaux et pronoms représentants. De nombreux mots considérés comme des pronoms ne « remplacent » rien (ils ne sont pas anaphoriques et n’ont pas d’antécédent) : quelqu’un, chacun, on, personne, tout le monde, je, tu etc. Ils se comportent comme des noms et on appelle certains de ces pronoms des pronoms nominaux. Les pronoms qui se substituent à un antécédent identifiable sont des pronoms représentants.

1.2. Types de pronoms

On utilise dans la présente grammaire la terminologie suivante, qui reprend en partie la répartition traditionnelle des catégories de pronoms. Certains pronoms sont dans deux ou plusieurs catégories différentes, qui peuvent se recouper (olla päällekkäinen), voir le recyclage grammatical.

NB. Ceci est une liste des termes utilisés dans la présente grammaire et non une analyse linguistique de la catégorie des pronoms. Les exemples ne sont pas donnés exhaustivement.

Types de pronoms
pronoms personnels je, me, moi, tu, te, toi, il, elle, on, se, nous, vous, ils, eux, elles
pronoms employés de façon réfléchie me, te, se, nous, vous
pronom IL il, ils, elle, elles, lui, eux, le, la, l’, les, y, en, lui, leur, celui-ci, celle-ci, ceux-ci, celles-ci, celui-là, celle-là, ceux-là, celles-là ; celui, celle, ceux, celles
pronom ÇA ça, cela, ce, c’, ç’, le, la, les, y, en, là, la-dessus
pronoms
démonstratifs
celui-ci, ceux-ci, celle(s)-ci, celui-là, ceux-là, celle(s)-là, ceci, cela, ça
pronoms
possessifs
le mien, les leurs, la sienne etc.
pronoms
indéfinis
chacun, tout, personne, quelqu’un etc.
pronoms
interrogatifs
qui, que, quoi, laquelle etc.

Remarque : les formes il, ce, cela, ça, c’, ç’ peuvent aussi être des indices de personne verbale sans antécédent.

1.3. Des pronoms pas seulement « personnels »

Malgré leur nom, les pronoms personnels ne renvoient pas seulement à une personne. Ils ont plusieurs fonctions :

Les pronoms indéfinis sont une catégorie hétérogène dans laquelle on range les pronoms qui ne sont ni personnels, ni démonstratifs, ni possessifs, ni interrogatifs.

Voir aussi Un problème de didactique du FLE : IL et ÇA.

1.4. Phrase intermédiaire

Le pronom qui se substitue par exemple à un groupe nominal (GN) n’a pas forcément la même fonction grammaticale que le GN qui est son antécédent. Dans une phrase comme

Regarde ce petit chien, il est tout excité.

le pronom il est en fonction de sujet (du verbe est) et renvoie au GN ce petit chien, qui est complément du verbe regarde. Pour déterminer la forme du pronom, il faut imaginer une phrase intermédiaire (välilause) :

Regarde ce petit chien. [Ce petit chien est tout excité]. → Il est tout excité.

Dans cet exemple, le pronom il se substitue (korvaa) au groupe nominal ce petit chien. Cette opération de substitution (korvaaminen) est celle qu’on fait fréquemment dans les exercices de grammaire. Dans la réalité, la phrase intermédiaire est évidemment rarement exprimée. Mais elle permet de comprendre le mécanisme de la substitution et de la référence anaphorique: parfois, pour choisir la forme du pronom, il faut restituer mentalement (palauttaa, kuvitella mielessään) le déter­minant du nom auquel le pronom se substitue.

La substitution concerne aussi le pronom ça. Dans le cas de ça, l’antécédent n’est pas un GN, mais souvent une phrase ou une idée :

Arrête de chantonner. Ça m’agace. ÇA = Le fait que quelqu’un chantonne quand je travaille ou Le chantonnement en général etc.

1.5. Groupes nominaux ne pouvant pas être remplacés par un pronom

Il existe aussi des groupes nominaux qui ne peuvent pas être remplacés par un pronom :

1. Quand le groupe nominal forme avec le verbe une expression lexicalisée (notamment dans des expressions avec un article zéro) :

Tu as pris rendez-vous? Oui, j’ai pris rendez-vous. [pro­no­mi­nalisation de rendez-vous impossible]
u as eu peur ? Oui, j’ai eu peur. [pro­no­mi­nalisation de peur impossible]

Cependant, si on développe l’expression en y ajoutant par exemple un adjectif, le groupe nominal peut être repris par un pronom :

J’ai pris un nouveau rendez-vous. → J’en ai pris un nouveau.
As-tu déjà éprouvé cette peur ? → Oui, je l’ai déjà éprouvée.

2. Quand le groupe nominal équivaut à un adverbe (comme lentement, beaucoup, etc.). Comparer :

Il va à Paris. → Il y va.
Il va à toute vitesse. [Pronominalisation du groupe à toute vitesse impossible]
u dois reprendre des forces. → Tu dois en reprendre.
Il tirait de toutes ses forces. [Pronominalisation du groupe de toutes ses forces impossible].

2. Formes pleines et formes faibles

2.1. Deux types de formes et plusieurs emplois

En finnois, les pronoms personnels minä sinä hän me te he et le pronom démonstratif-anaphorique se/ne ont une déclinaison régulière et une seule forme par cas (sijamuoto) de la déclinaison. Le système est simple et régulier. Il n’y a aucune opposition entre des formes « toniques/atones », « disjointes/conjointes » (termes peu parlants et en partie inexacts, voir §6. ci-dessous).

En français, les formes des pronoms je tu il elle nous vous ils elles cela ça celui-ci celle-là peuvent varier selon la position du pronom par rapport au verbe. On peut distinguer :

1. des formes pleines qu’on peut utiliser seules (détachées) ou après préposition :

moi, toi, lui, elle, eux, elles, nous, vous, soi
ça, cela
celui-ci, celle-ci, ceux-ci, celles-ci
celui-là, celle-là, ceux-là, celles-là
quoi (pronom interrogatif et relatif).

Qui a parlé ? Moi. C’est lui qui a pensé à eux d’abord. Qui a dit ça ? Eux. Avec qui tu vas partir ? Moi ? Avec toi, bien sûr ! Qui parle l’espagnol ? Lui. Je préfère celle-là. Celui-ci me plait bien. Ça ne fait rien. J’ai appris une bonne nouvelle. – Ah bon, quoi ? C’est celles-là qui me plaisent le plus. De ceux-là, je n’ai entendu dire que du bien.

2. des formes faibles qu’on ne peut pas utiliser seules, mais seulement appuyées à un autre élément qui les « soutient » (tukee) ou les complète, en général un verbe ou une proposition :

je, tu, il, on
me, te, se, le, la, les, leur, en, y
ce, celui, celle, ceux, celles
que (pronom interrogatif et relatif)

Cette alternance entre formes pleines et formes faibles concerne les pronoms personnels et le pronom réfléchi se, les pronoms anaphoriques, l’indice de personne verbale et le pronom interrogatif quoi/que. Les autres pronoms (démonstratifs, possessifs, indéfinis et autres interrogatifs) n’ont qu’une seule forme.

2.2. Utilisation des formes faibles

Les règles d’utilisation des formes faibles sont expliquées pour chaque pronom (IL, ÇA, celui, que). La différence essentielle avec le finnois et une règle à retenir par les finnophones est que les formes faibles ne peuvent pas s’employer seules ou après une préposition. Cette règle générale très simple permet d’éviter de nombreuses erreurs typiques. Les phrases suivantes avec des pronoms faibles sont complètement agrammaticales (comparer avec les exemples ci-dessus) :

Qui a parlé ? *Je. C’est *il qui a pensé à *leur d’abord. Qui a dit *ce ? *Ils ? Avec qui tu vas partir ? *Je ? Avec *te, bien sûr ! Qui parle l’espagnol ? *Il ! Je préfère *celle. *Celui me plait bien. *Ce ne fait rien. J’ai appris une bonne nouvelle. – Ah bon, *que ?

Rem. Les formes erronées ci-dessus se rencontrent fréquemment chez les appenants de français langue étrangère finnophones débutants mais aussi chez des apprenants de nombreux autres origines linguistiques.

Certains pronoms ont une seule forme possible (nous, vous) qui sert à tous les emplois possibles. D’autres ont une forme qui peut s’employer comme forme pleine ou forme faible (lui, elle). Dans certains cas très limités, le pronom faible ce peut être utilisé seul.

Le pronom on s’utilise uniquement comme forme faible devant le verbe (comparable à je, voir ci-dessous). La forme pleine correspondante est nous, ou bien quelqu’un, chacun, tout le monde etc.

2.3. Utilisation des formes pleines

On utilise les formes pleines dans les cas suivants :

Voir d’autres exemples illustrant les formes pleines en fin de page.

3. Formes syncrétiques, dissociées et détachées

3.1. Formes syncrétiques et formes dissociées

Dans certains cas, le groupe préposition + forme pleine (à moi, de lui, de cela etc.) peut être remplacé par une forme unique (me, lui, en), qu’on appelle une forme syncrétique. Ces formes syncrétiques sont toujours des formes faibles (sauf la forme là-dessus).

La forme syncrétique regroupe en un seul élément à la fois le pronom et la préposition qui le précède. Autrement dit, la forme désigne en même temps l’antécédent (par exemple « je ») et la fonction grammaticale du pronom (par exemple complément prépositionnel, à) :

me = à + je Le garçon me parle.
en = de + il/ça Je m’en souviens.
là-dessus = sur + ça Nous reviendrons là-dessus

En finnois, toutes les formes de pronoms sont syncrétiques (même celles qui sont utilisées avec une adposition) puisqu’elles contiennent dans un seul mot l’antécédent et la fonction grammaticale avec la désinence (sijapääte) : sinä, minulle, siihen, hänestä, meidän.

Les formes syncrétiques ne s’utilisent que dans certains cas, et de façon non symétrique et non systématique. Les règles d’utilisation des formes faibles sont expliquées pour chaque pronom (IL, ÇA, celui). La majorité des pronoms n’ont pas de forme syncrétique particulière et il faut exprimer la préposition devant un pronom à la forme pleine : contre lui, contre moi, contre cela, avec moi, vers toi, sur moi, derrière nous etc.

En finnois, on peut utiliser des adpositions avec un pronom : häntä vastaan, sen takia, teitä varten, ennen sinua etc., mais le pronom lui-même (häntä, se, teitä, sinua) est toujours une forme syncrétique. En français, au contraire, on ne peut pas utiliser une forme syncrétique après une préposition. On ne peut pas dire par exemple *contre me, *il a parlé d’en etc.

3.2. Formes pleines et formes détachées

Comme presque tous les éléments du discours, on peut thématiser le pronom personnel en le détachant en prolepse ou en rappel :

PROLEPSE : Moi, je pars demain, toi, tu restes. Lui, je l’ai jamais vu. Toi, on t’a pas demandé ton avis. Ça, je n’en sais rien. Regarde, celui-là, tu le reconnais ?
RAPPEL : Mais j’ai pas envie d’y aller, moi ! Je le connais pas, lui ! On ne peut jamais lui demander un service, à lui. J’ai oublié mes clés. Tu les as, les tiennes ?

La forme détachée du pronom est habituellement la forme pleine, et il n’y a donc pas de différence entre les formes pleines et les formes détachées, sauf certaines formes du pronom IL complément prépositionnel : quand le pronom détaché renvoie à un animé, on utilise la forme pleine habituelle lui elle eux elles ; si le pronom renvoie à un non animé, on utilise les formes celui-là, celle(s)-là, ceux-là.

4. Les pronoms personnels je tu on nous vous

4.1. Morphologie

Les pronoms personnels correspondant aux personnes verbales 1,2,4,5 sont je tu on nous vous. Dans le code écrit et le français parlé, le pronom on désigne nous + un nombre indéterminé de personnes et correspond au passiivi finnois. Dans le français parlé, on sert aussi de pronom personnel qui remplace nous et correspond au passiivi finnois avec le sujet me (me tultiin).

Formes des pronoms je tu on nous vous
formes faiblesformes pleines
forme sujetforme complément
jememoi
tutetoi
onnousnous
nous
vous

Les pronoms nous et vous n’ont qu’une seule et même forme dans toutes les séries (faible sujet, faible complément, pleine).

Ils ne nous ont pas vus. Elles nous avaint posé la question. Ils habitent près de chez nous. Je vous téléphone. Elle vous amènera à la gare. Nous rentrerons avec vous.

L’e de je, me, te s’élide devant voyelle, mais pas devant h disjonctif :

J’examine le texte qu’elle m’a envoyé. Pour commencer, je hache les légumes finement. Je vous téléphone. On m’attend. Elle t’aime. Il m’a écrit. Je t’emmène. Elle vous écrira. Son père n’arrête pas de le houspiller. Ils vous ont posé la question. Ça me hérisse !

Remarque : le pronom tu s’élide également dans le français parlé : T’es content ? / T’as de beaux yeux. / T’entends ce que je dis ? Ceci concerne uniquement tu et uniquement son emploi dans le français parlé! Le pronom te (CVD ou CVP) s’élide toujours, dans le français parlé et dans le code écrit. Ne pas confondre : T’écoutes ? [t’ = tu, uniquement français parlé] et Il t’écoute [t’ = te, code écrit strict + codé écrit courant + français parlé].

4.2. Formes focalisées

Les formes habituellement utilisées comme sujet du verbe sont les formes faibles je tu on et nous vous (qui peuvent aussi servir de forme pleine). Quand on veut focaliser (korostaa) le pronom, on utilise la forme pleine, mais elle ne peut pas s’utiliser seule et elle doit être reprise par la forme faible :

(a) Moi, je pars demain matin. (*Moi pars demain matin = agrammatical)
(b) Toi, tu restes encore deux jours. (*Toi restes encore deux jours = agrammatical)
(c) Nous, on part dans une semaine. (Nous part dans une semaine = agrammatical)
(d) Nous, nous venons d’arriver.
(e) Vous, vous êtes là depuis longtemps.

Quand le pronom focalisé est nous et vous, on utilise donc deux fois la même forme (l’une comme forme pleine, l’autre comme forme faible). On pourrait formuler les phrases (d) et (e) en utilisant un seul pronom sans que cela soit agrammatical, mais dans ce cas, il n’y aurait pas focalisation :

(d) Nous, nous venons d’arriver. Me olemme juuri tulleet.
(d’) Nous venons d’arriver. Olemme juuri tulleet.
(e) Vous, vous êtes là depuis longtemps. Te olette jo pitkään ollut täällä.
(e) Vous êtes là depuis longtemps. Olette jo pitkään ollut täällä.

Mais avec les pronoms je tu on, ce n’est pas possible, et il faut toujours utiliser à la fois la forme pleine et la forme faible, voir phrases (a)-(c).

La forme pleine du pronom IL peut aussi être utilisée seule : Lui n’est jamais d’accord.. Voir le pronom IL.

4.3. Des pronoms invariables à forme complément unique

Les pronoms personnels je tu on nous vous ont deux traits communs :

CVDCVP
Nos amis nous suivent.Nos amis nous écrivent souvent.
Je vous contacte demain.Je vous téléphone demain.
Ils te conseilleront sur ce point.Ils te recommandent cette solution.
Vous me préviendrez à temps.Vous me communiquerez ça.

Par ces caractéristiques, ils se distinguent nettement du pronom IL, qui varie en genre et en nombre (il elle ils elles) et dont la forme dépend de la fonction (le, la, leur, lui etc.). Du point de vue des apprenants finnophones, cette « trop grande » simplicité peut également être source d’incertitudes, puisqu’en finnois tous les pronoms personnels se déclinent (taipuvat) sur un seul et même modèle.

La forme faible syncrétique CVP me te nous vous s’utilise uniquement pour les CVP de verbes se construisant avec la préposition à. Avec toutes les autres prépositions, on utilise obligatoirement la forme pleine précédée de la préposition :

donner à qqn → il me donne. obéir à qqn → il vous obéit. MAIS : rêver de qqn → il rêve de vous compter sur qqn → je compte sur toi avoir confiance en → ils ont confiance en toi

Le fait qu’il n’y ait qu’une seule forme pour le CVD et le CVP provoque des incertitudes chez les débutants (et même les non débutants), surtout si la construction du verbe diffère en finnois et français, comme dans le cas de suivre qqn vs succéder à qqn :

Il m’a suivi. Hän seurasi minua. me = CVD.
Il m’a succédé. Hän seurasi minua. me = CVP

Ni la forme du pronom en français (me) ni la traduction en finnois ne montrent qu’il s’agit de deux pronoms différents : me CVD (suivre quelqu’un) et me CVP (succéder à quelqu’un). Pour comprendre la différence, Il faut connaitre la construction du verbe, ce qui est souvent plus un problème de lexique que de grammaire, c’est-à-dire de vocabulaire à apprendre par cœur.

4.4. Emplois particuliers de nous et vous
4.4.1. Nous de modestie

Le pronom nous s’utilise pour remplacer je comme « nous de majesté » (autrefois le roi parlait de lui-même en disant nous) et, dans l’usage moderne, comme « nous de modestie », pour effacer le je senti comme trop direct dans un écrit scientifique. Ce nous est un singulier et le participe passé s’accorde au singulier :

Nous allons maintenant aborder la question des pronoms. Siirrymme nyt käsittelemään pronominien aihetta. Nous étant intéressée de plus près à cette problématique, nous sommes convaincue qu’elle est fondamentale. Nous sommes persuadée qu’une approche quantitative aurait été plus adaptée. Uskomme, että kvantitatiivinen lähestymistapa olisi ollut toimivampi. Pourquoi nous a-t-on critiquée pour cette analyse ? Ne nous y sommes-nous pas consacrée avec toute la rigueur nécessaire ?

4.4.2. Nous de sympathie

Il existe aussi un « nous de sympathie », qui marque la personne 2 ou 5 (tu, vous), et a une valeur soit affectueuse soit ironique. En finnois, on utilise dans ce cas le passiivi :

Alors, nous sommes fâchée ? Vai sitä ollaan pahalla tuulella?. Alors comme ça, nous n’avons pas d’argent ? Vai sitä ollaan Matti kukkarossa?

Dans cet usage, on est fréquent aussi :

Eh bien, on n’est pas contente ? Ah mais je vois qu’on a faim !

4.4.3. Le vouvoiement

Le pronom vous s’utilise à la place de tu pour s’adresser à une personne qu’on ne connait pas ou pour marquer une distance respectueuse. On appelle cet emploi le vouvoiement. Il existe aussi en finnois, mais en français il est nettement plus fréquent. Quand vous désigne une seule personne, il est de nombre singulier, comme en finnois :

Vous voudrez bien avoir l’obligeance de répondre dans les meilleurs délais. Vous avez été inquiet de son absence ? Je comprends que vous soyez surprise.

4.4.4. Le datif éthique

Dans la langue familière, on peut utiliser une forme faible de pronom complément prépositionnel comme pour impliquer (ottaa mukaan) dans l’action la personne à qui on parle. On définit ce pronom comme un datif éthique. Dans la phrase :

Je vais te lui dire ce que j’en pense.

le pronom te signifie en quelque sorte : tu vas voir comment je vais lui dire ce que j’en pense. De même dans Regarde-moi ça, le pronom moi invite la personne à qui on parle à s’intérreser à l’action. On pourrait paraphraser cette phrase ainsi : Regarde ! tu vois toi aussi ce que je vois ?

Dans le français parlé, on trouve également un datif éthique (qui est courant en espagnol dans de nombreuses expressions verbales) sous forme de pronom à valeur réfléchie :

Bon, on se le boit, ce rosé ou pas ? Au fait, le lapin en chocolat, je me le suis mangé tout seul.

L’étudiant de français langue étrangère n’a pas besoin de savoir utiliser le datif éthique (il n’y a pas de règles précises à ce sujet), mais il faut savoir le reconnaitre et l’interpréter.

5. Une terminologie confuse

5.1. Formes toniques/atones/conjointes/disjointes...

Les variations de forme des pronoms en français constitutent un système difficile à déchiffrer et à maitriser. En partie pour cette raison, pour les décrire, on a choisi des termes plus prosaïques que « tonique/atone/conjoint/disjointe », qui, dans les représentations de la grammaire française par des apprenants finnophones (et d’autres langues), ne sont guère parlants. On peut même avancer que ces termes sont assez opaques pour une notable partie des locuteurs francophones eux-mêmes.

a. On n’utilise donc pas la distinction forme atone/forme tonique parce que

Le terme de « forme accentuée » qu’on trouve dans certaines grammaires  (pour décrire par exemple lui) n’est pas adapté non plus, notamment en raison de l’imprécision du terme accentué, qui, selon les auteurs, désigne tantôt (ou même à la fois) une forme sous l’accent (= tonique, parle-lui) et tantôt une forme mise en relief (Lui, il vient).

b. On n’utilise pas la distinction forme conjointe / forme disjointe parce que 

En revanche, le terme concret et banal de « forme faible » suggère clairement que la forme en question doit s’appuyer sur un autre élément et ne peut pas être employée seule. C’est en quelque sorte une description par défaut. Le terme « forme pleine » (plutôt que forme forte, qui pourrait de nouveau évoquer la prosodie) indique que la forme « tient en place » toute seule, et le mot plein évoque le finnois täysvaltainen « à part entière ».

5.2. Exemples d’utilisation des formes pleines des pronoms

On utilise les formes pleines dans les cas suivants :

1. après une préposition:

Est-ce qu’il se souvient d’eux ? Je viens avec lui. Il habite près de chez eux. Il pense à nous. Tu rentreras sans lui. Parle pour toi ! Quant à moi, je refuse. Vous pouvez compter sur elles. Voitte luottaa heihin. À quoi penses-tu? – À elle. Ce portable n’est pas à lui. Nous sommes très contents de lui. Cette série a été conçue spécialement pour eux. L’observation de la Lune à la pleine lune, ou à une phase près de celle-ci, présente des caractéristiques spéciales. Ce module propose une version condensée du module A « Biologie ». Il est donc incompatible avec celui-ci. Les pathogènes qui étaient des fléaux hier le sont encore aujourd’hui et la lutte contre ceux-ci rencontre généralement l’indifférence des pays du Nord. Toute personne inscrite au site et jouant sur celui-ci adhère au règlement.

2. après une conjonction (et, comme etc. ):

Tes amis et toi êtes invités à la fête. Un accord a été signé entre les vendeurs et eux. La situation est encore bien plus grave que cela. Fais comme moi. C’était pas plus difficile que ça. On a eu encore plus peur qu’eux. Elle est plus rapide que lui. Tout le contenu du site Web de CSI appartient à CSI, aux membres du même groupe que celui-ci ou à des tiers fournisseurs. Les journaux communautaires sont lus ne serait-ce que pour les annonces publicitaires, mais normalement pour beaucoup plus que celles-ci.Yhteisölehtiä luetaan jo pelkästään mainosten ja ilmoitusten takia, mutta tavallisesti paljon tärkeimmistäkin syistä.

3. quand le pronom est attribut du sujet:

Le premier utilisateur dans la liste sera vous. Je serai toi, tu seras moi. Qui a essayé de me téléphoner ce matin ? – C’est moi ! C’est toi qui avais raison. C’est nous qui en avons pris la décision. Qui a fait ça ? C’est pas moi ! (français parlé). Nos meilleurs alliés dans cette crise, ce sont eux. La seule solution, c’est ça ! Les seules gagnantes sont elles, pas vos alliés.

4. quand le pronom est utilisé seul, par ellipse (dans une réponse), dans des exclamations ou des apostrophes :

Qui est-ce que tu préfères? – Lui. Qui a dit ça ? – Nous ! Qui est-ce qu’on a élu directeur ? – Toi ! Je ne crois pas que quelqu’un soit intéressé par cet article.  – Si, moi. Qu’est-ce qui te dérange dans cette explication ? – Ça, justement ! Quoi ? Eux, ici ? Qu’ils disparaissent ! Moi, renoncer ? Jamais ! Toi, viens ici, j’ai deux mots à te dire. Les Rézeau viendront. Et vous ? Qui veut encore du café ? – Pas moi. Il a beaucoup d’argent, mais moi non.

5. comme complément prépositionnel de certains verbes. Après ces verbes, on utilise uniquement la forme pleine après préposition :

  a) tous les verbes à pronom réfléchi :

s’habituer à qqn → Nous nous sommes habitués à eux. s’attacher à qqn → Je me suis attaché à lui. se fier à qqn → Ne vous fiez pas trop à elle. Tu t’habitueras à moi. Vous pouvez vous fier à nous. Le producteur s’intérrese à toi pour ce rôle. 

  b) certains verbes construits avec à, comme penser à, rêver à:

Cet avocat nous a bien aidés, nous avons eu recours à lui pour faire l’inventaire de succession. Se asianajaja auttoi meitä paljon, käytimme häntä, kun teimme perunkirjoituksen. Ma fille aime bien sa maitresse et pense souvent à elle.

30. Les pronoms. Mise à jour 21.11.2022